Vendredi 11 mars 2011 5 11 /03 /Mars /2011 20:28

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Tremplin de la danse:

 

"COULEURS EN MOUVEMENTS"



Spectacle avec plusieurs danseurs et chorégraphes

 

Kerdraon Michail (metteur en scéne, direction artistique de KP)



Sandrine Davesnes

Madou Diabeté

Philippe Sirot / Hubert Perrot

Nabayet Duvard

Laurie Marsktein

Dilanny

Amitys Messdaghi ( soliste classique)

Audrey ( soliste contemporaine)

 

 

Le 10/04/11
à 14h30
CAC G.Brassens à MLJ

 

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Par CEDRE36
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Samedi 22 janvier 2011 6 22 /01 /Jan /2011 20:19

 

 

 

Définition

Pour améliorer son comportement face aux stresseurs il est important de comprendre ce qu'est le stress, pouvoir le gérer et en connaître les modérateurs.

En simplifiant, le stress survient lorsque les demandes et pressions auxquelles nous sommes soumis dépassent nos capacités d'adaptation.

D'autre part nous sommes différents face aux stress. Le stress qui n'est pas négatif au départ (c'est une réponse d'adaptation) le devient passé un seuil de tolérance différent selon les personnes.

De même un agent stressant ne le sera pas pour tout le monde. Chacun a sa vision des stresseurs influencée par le vécu de chacun.

 

Le terme stress englobe plusieurs concepts,on peut en proposer trois:

les stresseurs, les réactions aux stress (je suis stressé, ça m'énerve...) et les conséquences du stress( je suis malade, fatigué...)

Le stress modifie quatre dimensions: psychologique, physiologique, émotionnelle et comportementale

Autre point, il existe une possibilité de sensibilisation croissante au stress, si les situations de stress sont mal vécues, trop répétées... des symptômes et des troubles surviennent. Les effets néfastes du stress sont multiples. Ils englobent, d’abord, tous les "petits troubles" qui nous font dire que l'on n'est pas bien, mal dans sa peau : la fatigue, les troubles du sommeil, la nervosité et même des perturbations de la libido. Mais les répercussions peuvent être encore plus importantes.

La réaction au stress est gouvernée par le système nerveux, et aussi par les hormones et les glandes qui les sécrètent.

L’hypothalamus et l'hypophyse, petite glande à la base du cerveau, et les surrénales, au-dessus des reins, en sont les principales actrices. Elles sécrètent différentes hormones qui agissent sur un grand nombre d’organes.

Trop de stress entraîne des désordres physiologiques et aggravent certaines maladies :
• une tension élevée,
• un risque accru de diabète,
• une fragilisation des muscles et des tendons,
• des troubles du sommeil.

 


Viennent aussi tous les troubles de nature psychologique, comme les crises d'angoisse ou une dépression, voire même le suicide. La tension au travail pousse certains vers l’agressivité, la susceptibilité.
Les médecins du travail essaient de déterminer les signes d’un stress important chez les employés pour éviter une crise ou une réelle dépression. Les absences ou retards répétés, l’agressivité, les variations de poids, les maux de ventre, une boule à la gorge peuvent constituer autant de sonnettes d’alarme.

Un grand modérateur de stress , le sentiments de contrôle sur les situations! La perspective de contrôler la situation diminue l'impact du stresseur, l'impuissance est démotivante, répétée on peut même parler d'impuissance apprise qui influence la façon de faire face à la vie. L'inverse, la sécurité peut être apprise.

 

LA GESTION DU STRESS

 

Les causes principales du stress au travail

Le stress, c’est toujours le résultat de deux évaluations : d’abord, « que me demande-t-on ? » puis « de quelle ressource je dispose pour réaliser ce qu’on attend de moi ? ».

Face à n’importe quelle situation nouvelle, chacun réagit en fonction de ce qu’il est, plus ou moins anxieux, optimiste, ouvert au changement,doué pour travailler en groupe, etc. Par exemple, un nouveau chef d’équipe arrive, précédé d’une réputation de perfectionniste. Le salarié anxieux se dira aussitôt : « J’ai peur que ce nouveau chef ne me trouve pas assez compétent ». Le salarié optimiste, lui, pensera : « On va lui montrer qu’il peut nous faire confiance ».


Avoir un travail répond à un besoin primordial de reconnaissance de sa valeur dans la société. Un emploi occupant en moyenne le tiers du temps de la vie d’un actif, le stress au travail devient rapidement épuisant et lourd à supporter.
Une part des causes du stress relève d’éléments parfois plus ou moins subjectifs, liés à la perception que chacun se fait de ses conditions de travail :
•la quantité de travail, l’autorité d’un chef, le manque de reconnaissance, des responsabilités trop lourdes, des tâches répétitives, le manque de lien social (ce lien est un énorme modérateur de stress, les contacts sociaux normalisent la sécrétion de cortisol!), les tensions compétitives qui ébranle le groupe et encourage les comportements individualistes, la mauvaise humeur ambiante, le manque de coopération, l'absence de temps informels dans l'entreprise.

Pour plus de détails il existe des échelles de stresseurs professionnels (SP)

les stresseurs peuvent être ponctuels, (même forts ils ne font pas forcément plus de dégâts) chroniques(qui provoque l'usure de la santé) ces deniers font plus de dégâts!

Beaucoup de professionnels se trouvent dans des situations qui les mettent en difficulté. En voici, quelques unes :

- Etre face à la détresse, ou se faire agresser :

- Contre nos valeurs, notre éthique :

- Le sentiment d'un travail bâclé

 

 

Par contre, chaque affect positif va permettre de réduire le stress et de récupérer plus vite(pensez au sourire le matin), une bonne estime de soi, donner du sens à sa vie, avoir des valeurs (Beaucoup de professionnels se plaignent d'être obligés de faire des choses contraire à leur tempérament, à leur caractère, à leurs valeurs. Beaucoup ne se reconnaissent plus dans l’évolution de leur métier (par exemple, les banquiers qui étaient des conseillers techniques neutres accompagnant une famille tout au long de sa vie, sont devenus des commerciaux purs et durs y compris pour vendre des abonnements téléphoniques ou des systèmes de surveillance contre les bricolages de domicile), permet non seulement d'être plus résistant au stress mais d'être aussi plus créatif, d'avoir une vision plus élargie des choses.)

Parlons de cette grande capacité à lâcher prise, compétence que nous offre à travailler la sophrologie.

 

Bien sûr il existe certains facteurs de variabilité, nous ne sommes pas tous égaux malheureusement face au stress!

 

Le tempérament joue( la molécule qui transporte la sérotonine n'a pas le m^me gène), sa psychologie (un perfectionniste est plus sensible aux stresseurs), le relationnel ( est ce que je me sens soutenu autour de moi.

Il est injuste de dire que certains salariés résistent au stress et d’autres non, qui seront alors considérés comme faibles ou peu performants. Il y a seulement des salariés faits pour résister à telle forme de stress, et d’autres capables de résister à telle autre forme.

Les personnes sensibles sont utiles à l'entreprise, elle sont une alarme aux situations de stress ambiant et donc poussent à changer les choses.

Les personnes matérialistes sont ,selon certains tests, plus vulnérables au stress et peuvent être source de stress (individualisme, éloignement des autres, manque de coopération, d'aide)

Stratégies personnelles

 

Les façons inadéquates de réagir

 

Souvent face à ces troubles, le premier réflexe est d'avoir recours à des "dopants" : café, vitamine C magnésium. Il faut éviter de minimiser ses problèmes, de les nier, et se refermer sur soi, au risque de s'enfoncer davantage. De manière dramatique !

Chacun donc a ses habitudes ou tendances pour réagir et adoucir le stress: par des stratégies d 'évasion, on peut manger, porter son attention sur autre chose en niant la situation, utiliser l'alcool qui est un anxiolytique, , faire beaucoup de sport, jusqu'à faire des achats compulsifs...consommer des tranquillisants et ainsi continuer leur rythme malgré les troubles de sommeil, de caractère qui surviennent.

On peut aussi adopter des stratégies de fuite (on s'éloigne, on supprime la situation stressante)

des stratégies de reconsidération: on reconstruit mentalement la situation pour l'adoucir, on prend du recul par rapport aux émotions...

Certaines personnes bloquent ces émotions avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur la psychologie

 

Des pistes plus raisonnables

 

Cherchez des solutions. Demandez-vous ce que vous pouvez faire pour régler le problème. Commencez par les aspects que vous pouvez maîtriser. Par exemple, cherchez un autre emploi, parlez de vos problèmes personnels à un professionnel de la santé ou adressez-vous à un conseiller financier. Imaginez ce qui va se passer si vous ne faites rien. Quand vous aurez changé des choses pour régler votre problème, vous ressentirez moins de pression.

Parlez de vos problèmes. Vos amis, vos collègues ou vos proches ignorent peut-être que vous vivez des moments difficiles. Si vous leur en parlez, cela pourrait vous aider de deux façons. D'abord, en exprimant vos sentiments, vous réduirez partiellement votre stress. Puis, ces personnes vous suggéreront peut-être des solutions. Si vous avez besoin de parler à quelqu'un qui n'est pas de votre entourage, adressez-vous à votre médecin de famille ou à un professionnel .

Renseignez-vous sur la gestion du stress. Outre les professionnels de la santé spécialisés dans ce domaine, de nombreuses ressources (livres, films, vidéos, cours et ateliers) peuvent vous aider à apprendre des techniques de gestion du stress.



 

Soyez indulgent envers vous-même. Stress et pessimisme vont de pair. Peut-être vous répétez-vous trop souvent des phrases comme : Je ne peux pas... Je ne vais... Je devrais... Je dois... Soyez réaliste. Trouvez des solutions applicables qui vous mèneront progressivement vers l'atteinte de vos objectifs.

Diminuez la tension. L'activité physique est très efficace à cet égard. Marchez, faites de l'exercice ou du jardinage pour alléger le stress. Vous pouvez aussi utiliser des techniques de relaxation, comme la respiration profonde et les exercices d'étirement. La méditation et la sophrologie visant à réduire la tension sont efficaces chez de nombreuses personnes

L'activité physique journalière est plus adaptée que le sport intensif, on est plus positif après une marche d'une demie heure ou sa relaxation dynamique !! Surtout quand on pratique cette activité en toute conscience. (on peut aussi pratiquer les méditations sophrologiques ou la méditation consciente avec l'aide d'un sophrologue)

Si les troubles du sommeil surviennent la sophrologie propose un travail intéressant sur le sommeil.

 

Les programmes de gestion du stress dans l'entreprise

:

Après avoir évaluer les niveaux de stress et les facteurs stressants ( Alors, qu’est-ce qui est source de stress au travail ?
> le regard porté par les autres sur son travail,
> la quantité de travail à faire,
> l’ambiance au travail,
> la personnalité du chef,
> l’impression de faire un travail qui n’a d’importance pour personne,
> la répétition des tâches,
> la nouveauté des tâches.

S'y ajoute l'évaluation de l'effort, la latitude (le degré de liberté dans l'organisation de son travail,le soutien social, la récompense, la possibilité de trouver de l'aide (le délégué du personnel ou encore le Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail. Un CHSCT est mis en place dans les  entreprises de plus de 50 salariés. Ce comité est constitué au moins d'un membre de la direction, de représentants du personnel, du médecin du travail.)

 

Ainsi que l'organisation de l'environnement, le management de la dimension humaine) il est nécessaire de cibler sur les dimensions:

- physiologique( relaxation),

- psychologique( travail cognitif, compréhension et recadrage des situations, estime de soi)

- comportementale ( travail sur les valeurs)

- relationnel ( communication)

 

 



Par CEDRE36
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Samedi 16 mai 2009 6 16 /05 /Mai /2009 11:33
 

Les cinq sens

Nous verrons que la vue et l’ouïe et étaient les deux seuls sens retenus par l’esthétique. C’est en effet dans l’espace visible que se constitue la conscience d’objet et si le support de l’ouïe est important, c’est surtout par ce que le son est le véhicule le support du concept. Seulement, à partir du moment où c’est la pensée qui a l’initiative de la perception, la sensation est seconde et la sensibilité est faible.

 

Le toucher, le goût et l’odorat sont des sens moins intellectualisés et plus sensuels, mais qui restent assez négligés chez l’être humain. Parler d’une relative infirmité humaine à ce niveau n’est pas exagéré. Nous faisions précédemment une comparaison avec l’univers olfactif du chien. Il nous est difficile d’imaginer ce que pourrait être une relation au monde qui est fondée à 80% sur l’odorat.

 

Ce qui est certain, c’est que l’approfondissement du sens du toucher, du goût et l’odorat produirait une transformation profonde dans notre appréhension ce qui est. Il est aussi hors de doute que notre mode de vie à l’occidentale nous porte aussi à surintellectualiser nos sensations, ce qui les stérilise. L’art de vivre présent dans bien des cultures traditionnelles témoigne souvent d’un raffinement des sens dit « non esthétiques ». Nous avons certainement à gagner à renouer avec une forme de sensualité que nous avons négligé. Est-il possible d’éveiller nos cinq sens ? Quelle est la profondeur de chacun d’eux ?

 

 

A. Le domaine de l’ouïe et le son

Dans l'ancienne science védique, chacun des cinq sens (texte) était associé à l’un des cinq Eléments de la Nature. L’ouïe est en relation avec l’akasha, ce que l’on traduit approximativement par l’Ether. L’akasha est l’élément le plus subtil, porteur de l’information et de la mémoire dans la forme du son. Le sens de l’ouie est intimement lié à l’idéation et à la Manifestation du monde phénoménal comme vibration primordiale.

 

1) Le son existe sous différentes formes : a) des bruits variés qui nous entourent et de la musique dépourvu de signification ou b) dans la parole en association avec l’élément du langage, le concept porteur d’une signification. L’activité mentale s’éveille, se déploie et s’agite même dans la pensée conceptuelle ; tandis que le simple son, comme musique ou comme bruit naturel, a plutôt tendance à réduire notre activité mentale. La sensibilité et la sensualité de l’ouïe résident dans cette vibration antérieure à la pensée conceptuelle. Nous savons bien que notre esprit n’est pas du tout sur le même registre quand il chevauche des pensées ou quand il est dans l’écoute. L’écoute est plus sensible et elle défait l’identification, la pensée est plus intellectuelle et elle implique souvent une forte identification. La signification est communément ce qui nous semble sérieux et digne d’occuper notre esprit dans notre monologue intérieur. D’où la honte évoquée par Saint Augustin dans Les Confessions : « il m’arrive d’être ému du chant que des paroles chantées, j’avoue que mon péché mérite pénitence, et alors je préfèrerais ne pas entendre de chants ». Dans le livre X il se met en recherche de la concupiscence présente dans les cinq sens, le péché de la jouissance charnelle. Ici pour ne pas céder aux charmes de la musique, il faut surtout porter attention aux paroles des Cantiques. Quand la musique se fait lascive, envoûtante, elle entraîne l’âme dans la direction du péché. Platon condamnait certains modes musicaux pas assez virils. Augustin réprouve ce que la musique contient de sensualité.

 

Maintenant, cela ne veut pas dire que le son, détaché du mot qui nous sert à étiqueter, à nommer, n’ai en lui aucune valeur d’intelligence. Il en a parce qu’il existe une intelligence perceptive. Elle se manifeste dans la disponibilité par laquelle la conscience se fait réceptive. Ce qui est différent de la compulsion continuelle qui nous porte à moudre des pensées pour juger, coller sur les objets des étiquettes mentales, à projeter des concepts. Il existe une puissance immanente du son, qui condense sa valeur vibratoire d’énergie et d’intelligence, elle parcourt toute une gamme de sonorités ; et il existe de la même manière des degrés, une ouïe grossière qui n’est interpellée que par le bruit sous une forme agressive et une ouïe subtile ouverte à des niveaux très fins du son, jusqu’à écouter dans les espaces, de silence entre les pensées. Affiner l’ouïe c’est découvrir que l’univers tout entier est murmure et vibration. C’est aussi découvrir la profondeur du silence de l’esprit. En effet, un esprit qui n’est pas intérieurement silencieux ne peut pas écouter. Il n’entend que son propre bruit. (texte) Il ne peut se mettre aux aguets et pressentir un mouvement, une respiration et les milles petits bourdonnements de la Nature. Il ne peut pas écouter une voix dans ses tremblements et recueillir ce qu’elle ne peut confier à la parole. Il ne peut pas non plus être attentif à l’activité de son esprit et encore moins être conscient des Idées. Par conséquent, il est facilement piégé par ses propres pensées, car il n’y a pas autour un espace de silence. Tant qu’il n’y a pas d’espace silencieux en nous, il ne peut pas y avoir d’intelligence lucide. Écouter, (texte) c’est ouvrir un espace à ce qui est et le laisser vacant. Écouter, c’est autoriser l’entrée en scène de ce qui advient, sans faire barrage, sans vouloir par avance contrôler, sans chercher à fuir ce qui est. C’est-à-dire sans être obnubilé par ce que nous sommes en train de dire ou de penser. L’écoute fait de l’observation une méditation vivante (texte) en donnant à la conscience une profondeur qu’elle n’aurait pas sans cela. L’écoute permet qu’affleure en permanence la Conscience qui est en toile de fond de toute expérience.

 

Ce n’est certes pas l’expérience de la conscience habituelle dans laquelle nous sommes bien trop préoccupés par nos pensées pour écouter. Dans cet état, pour reprendre Ravaisson : l’ouïe n’est « plus l’instrument simple d’une réceptivité immédiate ». « Le son n’est plus uniquement une sensation, mais un objet de perception distincte ». Et c’est en réalité la pensée qui produit la transformation qui « d’une sensation inexplicable, en un objet distinct d’imagination et de conception, en une idée qui a ses parties, qui peut être décomposée et recomposée, expliquée et enseignée ». Ce que nous appelons notre état de veille est précisément cette condition dans laquelle la sensation est noyée dans la trajectoire intentionnelle de la pensée et ses motivations. Cela n’a rien à voir avec le feeling immanent à la sensation qui, dans le moment présent, laisserait s’épanouir le son et le monde sonore.

 

2) Bergson disait (texte) que chez l’artiste la Nature a oublié d’attacher un des sens aux préoccupation pratiques, de sorte que l’artiste conserve un rapport virginal à ce qui est, une innocence perceptive qui est ce qui le rend sensible et fait précisément de lui un artiste. En fait cette soi-disant « préoccupation pratique » n’est rien d’autre pour la plupart des hommes qu’une activité mentale compulsive. C’est elle qui crée ce voile dont parle Bergson, le voile tissé entre nous et la réalité, ce voile qui fait que nous ne percevons que de manière distraite et en rapport avec notre intérêt intellectuel. La conscience n’est vulnérable et réceptive qu’à cette seule condition que prenne fin pour un temps le bavardage habituel de l’esprit et que s’ouvre l’espace de l’écoute.

 

Un musicien n’est pas une personne douée d’on ne sait quel talent extraordinaire, c’est d’abord un être sensible à l’univers des sons, plus sensible que la plupart du commun des mortels. Dans un domaine particulier des cinq sens il a conservé un certain degré de présence. Dans les autres il peut être aussi insensible que la plupart des hommes. Mais dans le royaume de l’ouïe a conservé un degré de liberté, car il sait écouter. Ce qui n’implique, encore une fois, aucun effort intellectuel de sa part, mais une simple ouverture. C’est pour cette raison qu’un musicien est le premier à savoir apprécier les qualités esthétiques d’une œuvre musicale. Ce n’est pas parce qu’il aurait emmagasiné tout un tas de concepts dans son esprit qui lui permettraient de juger, de classer, de définir. Non, il peut dé-couvrir par lui-même ce qui est présent dans la richesse harmonique de la musique, car il garde ouvert le domaine de l’expérience du son. Nous ne pouvons dé-couvrir qu’en enlevant ce qui couvre et ce qui couvre la sensibilité musicale, c’est la lourde chape de nos préconceptions, de notre savoir, du savoir de l’intellect qui tend à pré-juger de ce qui est senti, c’est-à-dire de ne pas sentir vraiment. Ainsi, dans un monde tel que le nôtre qui est très envahi par des nuisances sonores, dans lequel on ne peut pénétrer dans un café sans être agressé par une mauvaise musique, le sens de l’ouïe peut rester infirme. Si nous étions plus sensible, nous veillerions à ce que l’univers sonore ne soit pas pollué, autant que l’univers visuel, car cette pollution ne fait que contribuer à une agitation mentale constante qui fait que la capacité réelle d’écouter est constamment inhibée.

 

3) Dans la plupart des traditions spirituelles de l’humanité la Manifestation du Monde est décrite comme ayant sa Source dans le son primordial. Les chrétiens disent le Verbe divin. L’âme peut effectuer un passage depuis le verbe mental humain dans le Verbe divin. Ce que dit Maître Eckhart dans ses Sermons. En Inde, on admet que la création est tout entière spanda, une vibration qui est une harmonique du murmure présent dans l’Univers (texte) contenu dans les trois lettres de aum. Toute chose qui apparaît au niveau de nos sens de la vue en tant que forme se ramène ultimement à une vibration dont la formule est en quelque sorte une fonction d’onde vibratoire. Un son. Les anciens disaient que celui dont la conscience serait parfaitement pure pourrait, en prononçant les sons primordiaux, faire jaillir la forme. Cependant, dans la période historique qui est la nôtre qui est un âge d’ignorance, cette connaissance a été perdue, car il fallait protéger la puissance de la parole. C’est le sens secret de la puissance des mantras qui a été perdue car les hommes de doivent pas mal utiliser la puissance créatrice des sons. Ils en ont donc été privés. Ainsi, la pensée humaine a perdu sa puissance d’idéation créatrice et elle devenue simple représentation. Noter que les auteurs du Veda, les rishis védiques ne sont jamais présentés comme des artisans laborieux qui auraient agencé des paroles de leur propre cru. Le Veda a été entendu au niveau le plus subtil de la conscience, il est même présenté comme étant l’émanation du langage subtil de la Nature. Parfois, ce sont plusieurs rishis qui ont entendu le même hymne et c’est noté dans la compilation du Rig Veda au début de chaque sukta. Il n’y a rien de « personnel » dans les hymnes védiques. Il est théoriquement possible, dans une expérience d’enstase, que le yogi entende en lui-même le Veda. La Manifestation est un processus sans fin et qui se déroule maintenant, la source créatrice est éternelle, mais l’homme ne peut dans son état de conscience actuel y accéder. Cela explique pourquoi, dans son essai d’esthétique, Shri Aurobindo considère que la plus haute poésie est une poésie mantrique, une poésie qui renouerait avec le Verbe. Ainsi, l’éveil du sens de l’ouïe dans cette perspective nous reconduit directement à la dimension métaphysique de la puissance de la création à l’œuvre dans l’univers. De la même manière, nous pouvons aussi dire que l’éveil de la conscience doit rendre à la parole sa dimension inspirée, c’est-à-dire sa puissance créatrice.

 

B. L’espace vivant du toucher

Dans le Vaisheshika, le système de philosophie de Kanada, les substances se distinguent par les qualités de leurs paramanus ou atomes. Il existe quatre qualités : l’odeur, (gandha), le goût (rasa), la forme (rupa), et le toucher (sparsha). La Terre possède les quatre qualités, l’Eau possède la saveur, la forme et le toucher. Le Feu possède la forme et le toucher. L’Air possède uniquement le toucher.

 

1) Le sens du toucher est très élémentaire, au sens archaïque du mot. L’enfant, après entendu la voix de sa mère explorera son monde par le toucher, ce monde alentour qui reste encore indifférencié. Le toucher comporte le sens thermique du glacé, du froid, du tiède, chaud, brûlant etc. et le tact comme le doux, le rugueux, le soyeux, le rêche etc. Indifférencié veut dire ici que le toucher est purement qualitatif. Ce qui est seulement touché comporte des nuances, mais pas aussi nettement «d'objet » qu'il peut y avoir un objet dans l'identification par concept associée à la vue. Le toucher nous donne une présence palpable et il est significatif que c’est au sens du toucher que l’homme se réfère pour appuyer sa représentation de la réalité empirique. Le tact est moins sujet à illusion que la vue. On voit mal comment le rêche, le lisse, le froid etc. pourraient être autre chose que ce qu’ils nous paraissent et se révéler différent. Au toucher les choses prennent vie et ne sont pas seulement des objets utilitaires. Le canif dans ma poche, puis dans ma main a sa forme, son poids ; prendre le temps de le sentir au creux de la main, c'est lui accorder une existence à part entière, sentir qu'il est une réalité sensible qui mérite quelques précautions. L'utilisation comme « couteau » nous met dans la pensée utilitaire, et dans la pensée utilitaire une chose ne reçoit plus d'accueil. Si nous laissions les choses être ce qu'elles sont en les touchant, en les caressant, nous ne serions pas loin d'éprouver leur présence comme une énergie subtile, ou comme celle d'une entité. « Objets inanimés avez-vous donc une âme ? » dit le poète. Il faut une grande qualité de sensibilité du tact pour entrevoir l'âme des choses, pour pressentir qu'elles pourraient bien chacune d'entre elles, avoir une structure de conscience. Si nous accordions au toucher toute l'importance qui lui revient, notre commerce avec les choses serait profondément modifié. De la sensibilité du tact dépend le sens du raffinement qui nous porte à nous entourer de belles choses. L'amour des choses n'a rien à voir avec l'avidité qui consiste à nourrir l'ego en possédant des objets à n’en plus finir. Le plaisir du tact a partie liée avec le soin que nous accordons à la beauté. Passer la main sur la frise d'une armoire, tout en respirant l'odeur de la cire, prendre au creux de sa paume une poignée de porte, toute lisse des milliers de mains qui l'on ouverte, toucher le grain d'un papier peint, la courbe impeccable d'une assiette de faïence, soupeser la pince qui sert à mettre du bois dans le feu: il y a mille et un gestes du toucher que nous pourrions faire consciemment. Nous pourrions connaître ce plaisir de la rencontre des choses. Au lieu de cela, nous sommes tellement accaparés par nos pensées que errons comme un fantôme au milieu des choses sans percevoir leur individualité (texte). Nous vivons coupés du monde des choses et nous ne les appréhendons que comme objets relatifs à une utilité. Cette séparation, ainsi que la relation purement utilitaire, produit l'indifférence et l'indifférence produit la négligence, la saleté et le mauvais goût. Nous devrions apprendre très tôt à nos enfants le contact des choses Il n'y aurait plus alors à leur crier dessus de prendre soin de leurs affaires! Un tout petit amour se noue dans le toucher des objets qui est déjà un élément de culture. C'est aussi à partir de là que nous pourrions faire sentir à un enfant la différence entre un objet technique et son caractère très fonctionnel et le supplément d’âme contenu dans un produit artisanal fait à la main.

 

2) Nous avons vu que contact avec l'animal est important pour l'équilibre psychique de l'homme. Caresser la fourrure d’un chat qui se blotti sur nos genoux est un moment délicieux. Pour un temps nous n’avons plus besoin d’être entièrement « dans la tête », nous pouvons être là et en quelque sorte laisser le chat nous enseigner cette incroyable lâcher-prise que manifeste spontanément l’animal au repos. C’est aussi un moment où nous n'avons plus besoin de produire une image de nous-mêmes. Le chat nous accepte tel que nous sommes. Nous pouvons lui donner une affection sans introduire d’attente. D’ailleurs le chat ne fait jamais ce que nous voulons. Il est très indépendant. Quand il se laisse caresser, c’est une grâce qui est en fait aussi riche que la chance en forêt d’avoir pu croiser un chevreuil. Aussi étrange que cela paraisse, le contact avec l’animal nous permet d’être nous-mêmes. Il nous permet de sentir ce qu’est une spontanéité, une vitalité, libre de tout concept, une célébration de la Vie qui ne garde rien en réserve pour plus tard mais célèbre le moment présent. Le chien est incroyablement doué dans la célébration de la Vie. Malgré la cruauté avec laquelle son espèce a souvent été traitée, il conserve une bonté et une affection sans limite. Nous n’y faisons pas attention, mais caresser un chien est réellement un privilège. Du contact, nous irons spontanément vers cette vitalité libre et facétieuse qui n’existe plus guère que chez l’enfant. L’homme adulte est si souvent mortellement sérieux et il a besoin de se ressourcer au contact de l’animal pour se sentir revivre dans la joie simple d’exister sans autre but que la célébration de la Vie. Mettez un chien dans une salle d'attente et tout le monde se mettra à parler. Cette joie simple du chien est aussi Sacrée. Il n’est pas étonnant que nous ayons des exemples de saints entourés d’animaux. Saint François d’Assises bien sûr, mais plus près de nous Ramana Maharshi avait une relation touchante avec les animaux. Le sens du Sacré nous rapproche de la Nature et le contact avec l’animal nous y introduit. Là aussi, ce n’est qu’une question de conscience ou d’ouverture de la conscience au domaine du sensible. (texte)

 

3) Difficile d’évoquer le toucher dans la relation humaine. La question est piégée par une contradiction : elle évoque ou bien le registre de l’attirance plus ou moins vulgaire de la sexualité, ou bien la répulsion tout aussi brutale à l’égard d’un contact déplacé. Ou bien la relation humaine est soit trop charnelle et la proximité n'est que désir, ou bien elle est envahissante et la promiscuité n'est que répulsion. Il n’y a pas de juste milieu, ou il ne se rencontre que dans les civilisations hors de l’Occident. Aux USA, il faut être très précautionneux dans ses moindres gestes, car l’accusation d’avances sexuelles ou de comportements pédophiles n’est jamais très loin. Le contact devient très cérémonial, froid et très formel. Il y a des endroits où on vous regarde de travers et le seul fait de prendre par la main son petit garçon pour le conduire à l’école devient presque indécent. Or la contradiction n’est pas mince, car dans ce monde de relations glacées qui est le nôtre, l’être humain a énormément besoin d’un contact chaleureux, ce qui veut aussi dire aussi parfois… d’une accolade. Le succès de la campagne free hugs lancée dans le prolongement du travail d’Amma devrait nous faire réfléchir. Il vient certainement d'un profond besoin et le besoin est l’exact contrepoids de ce que nous sommes devenus. Nous sommes tellement engoncés dans des rôles formels, tellement transis dans notre isolement ! Nous avons beau pérorer dans nos discours, il y a des moments où cela nous ferait un bien fou, ne serait-ce que quelques secondes, d’être pris dans les bras d’un être humain. C’est là que l’on peut déceler à quel point dans nos sociétés qui se prétendent conviviales, parce que consommatives, l’être humain vit dans la séparation. Nous avons plus de contact avec des objets techniques, du carton, du plastique, ou du métal qu’avec des êtres humains.

 

Il y a une richesse du toucher et des degrés depuis le contact grossier à la perception des niveaux les plus fins du tact. (texte) Ce n'est pas seulement, comme le pensait Condillac, que le toucher donne une base permanente aux images du mouvement. Il ne fait pas qu'activer une expérience de réflexion du moi où la pensée vient palper ce qu'elle ne voit pas.

 

C. Le sens de la vue et la forme

Continuons de la même manière que précédemment. La vue est associée à l'élément du Feu, (tejas) à la lumière et elle déploie l’univers visible dans lequel nous distinguons les formes (rupa) associée à un nom (nama). (texte) Le sens de la vue est le plus intellectualisé des sens, car il est le sens en rapport direct avec la représentation. Mais comme précédemment, il y une différence entre le perce-voir qui perce pour atteindre ce qu’il sait déjà, et le Voir qui ne se sert pas de la vue comme d’un simple moyen au service de la pensée, mais en fait le terrain de son expérience.

 

1) Nous avons vu qu’il y a une différence entre la perception orientée de part en part, via la reconnaissance conceptuelle, et la contemplation qui laisse être le paysage, s’en imprègne, en goûte l’impression. Nous faisions la différence entre la perception habituelle de la vigilance prise sur l’objet et la vision panoramique qui diffuse l’attention dans toutes les directions. Nous avons souligné à de nombreuses reprises que l’intelligence est inséparable du Voir de la lucidité, tout en remarquant aussi que la lucidité impliquait un très haut degré de sensibilité. Enfin, il nous est apparu que l’expérience esthétique dans sa forme la plus pure n’est pas un simple sous-produit du savoir, mais relève du pur sentiment que communique la présence d’une œuvre.

 

Nous devrions donc maintenant être à même de comprendre que l’expérience que nous livre le sens de la vue n’est pas, contrairement à ce que soutient l’intellectualisme, toute d’un seul tenant et qu’elle comporte une infinité de degrés et la possibilité d’un raffinement depuis le niveau le plus grossier que peut appréhender la vue, vers des niveaux plus subtils. La position de l’intellectualisme, qui ne retient que la perception conceptualisée et nie la possibilité de la sensation, de la profondeur sensible du monde est en réalité le reflet de notre manière habituelle de percevoir et rien d’autre. Nul besoin d’aller chercher ici une quelconque position philosophique. C’est d’une banalité très commune. Mais il faut bien reconnaître que c’est aussi celle du penseur avec ses exemples : le cube d’Alain, (texte) le coupe-papier de Sartre, la table de Husserl (texte). La perception pour autant qu’elle est le lieu d’une identification conceptuelle parfaitement définie. La pensée est très à l’aise avec le sens de la vue parce qu’elle y met les distinctions, les découpures nettes du concept. Si nous observons attentivement la qualité de notre rapport avec la perception au moyen de la vue, nous verrons tout de suite qu’elle est en grande partie téléguidée par l’intellect. C’est tout simplement humain. C’est notre état de conscience habituel. Ce n’est que très rarement que nous mettons entre parenthèses la cavalcade continuelle de nos pensées pour nous laisser prendre au charme d’un paysage, pour nous laisser toucher par la vie des couleurs, la danse des formes. Il faut dire aussi que le conditionnement ambiant par l’image (texte) abîme beaucoup le sens de la vue. Il détruit la pose nécessaire à l’attention. Il entretient une agitation de la pensée nuisible à l’empreinte sensible de ce qui est. Il crée une bulle dont nous ne sortons presque jamais. (texte) Comme dit Bergson, nous croyons voir et en fait nous nous bornons à reconnaître. Nous ne sommes pas ému. La plupart des hommes passent leur vie dans une sorte d’atonie sensible qui implique au niveau du sens de la vue une sorte de voile gris jeté sur les choses. En fait ils ne voient que leur propre grisaille intérieure parfois déchirée en un éclair par un joli sourire (et c’est à ce moment là que l’on tombe amoureux). Le monde visible est émouvant, parfois déchirant dans ses contrastes entre laideur et beauté. Quand il est spectacle de la Nature, il est souvent magnifique et d’une puissance prodigieuse (texte).

 

Et pourtant d’ordinaire nous n’y faisons pas attention. Nous ne voyons pas la beauté de la Terre. (texte) Or c’est seulement l’embrasement de la beauté qui touche en plein cœur et soulève l’élan de l’amour. Un seul moment de plénitude éprouvé aux cimes d’une montagne devant l’immensité d’un paysage fait bien plus pour l’amour de la Terre que des heures de leçons sur l’écologie. Cette richesse-là n’est pas de seconde main et si les hommes étaient doués d’une vue beaucoup plus libre et d’une très haute sensibilité, nul doute qu’ils se comporteraient de manière totalement différente dans leur rapport au monde. L’irresponsabilité, la cruauté, la bêtise et l’indifférence ont partie liée avec une affligeante insensibilité.

 

2) Nous n’apprenons pas à nos enfants, à nos étudiants à voir, à observer. Il suffirait pourtant de peu de choses pour communiquer davantage d’éveil au sens de la vue. Ce n’est qu’affaire d’attention renouvelée à chaque instant. Krishnamurti ne cesse de le répéter : « observez, observez, observez tout le temps ! » Ce que l’être humain comprend à partir d’une observation directe entre bien plus aisément dans le registre de la connaissance que ce qu’il peut apprendre par le raisonnement et l’analyse. L’observation continue maintient la relation avec ce qui est, renforce l’autonomie de l’intelligence et entretient sa clarté. Le sens de l’observation invite à la question juste, il nourrit le sens du réel et communique son appui au bon sens. Tout enseignant fait cette expérience : les questions les plus pertinentes viennent toujours des étudiants qui sont très observateurs. Qui ont une vision globale. Coupé de l’observation, l’intellect risque toujours de vouloir discuter pour discuter, de couper les cheveux en quatre, de théoriser à vide, de rationaliser ce qui devrait être au lieu de répondre à ce qui est. Le contact avec ce qui est réduit l’entrée en scène de l’ego. Il implique l’ouverture du champ de la perception et la présence au sein de la perception. Il inscrit toute communication avec autrui dans notre monde commun. Celui qui nous est offert au niveau des sens. .Ainsi, la lucidité ne peut pas vraiment être détachée de la vision, de sorte que dans la lumière de l’intelligence, la plus haute lucidité est en même temps insight, vision en profondeur.

 

Il y a des gens qui se disent très « visuels », comme d’autres se prétendent très « auditifs ». On entend par là une prévalence esthétique pour la peinture, ou la sculpture chez les premiers, pour la musique pour les seconds. Mais un sens n’en remplace pas un autre et tous méritent d’être développés. Le sens de la vue ne peut être négligé, sans qu’il y ait péril, car il fournit un appui essentiel à l’intuition. On peut sourire des intellectuels au café capables de d’argumenter sans fin sur la prise de conscience et qui ne prêtent pas la moindre attention à la confrontation qui se déroule quelques tables plus loin. Pourtant la résonance est là dans la perception. Il suffit de Voir et le voir a une importance considérable car à cet instant et par tous nos sens, la réalité nous interpelle. (texte) La réponse dans l’instant à ce qui est suppose qu’il n’y ait pas de césure entre ma conscience et le monde. Or cette coupure est entretenue quand l’esprit est transi dans la pensée, quand il ratiocine indéfiniment et perd tout contact avec le champ immense de la vision. Le plus étrange, c’est que nous vivons dans une culture qui entretient cette séparation. Nous construisons au fil des ans un mur entre notre expérience du visible et celui de la pensée. Il y a l’artiste qui joue avec la plastique des choses, ne se préoccupe que de l’effet et n’a pas d’appréhension globale dans le retrait de l’intelligence. Il y a l’intellectuel savant en exil dans la sphère de la théorie, des idées, des représentations et qui ignore ce qui se passe autour de lui et mange au restaurant dans des concepts sans prêter attention à ce qu’il a dans l’assiette. Il y a l’homme pratique pressé d’atteindre son but et dont le regard va de la montre au planning, du panneau de circulation à la prochaine voiture qu’il faut doubler, d’un signal à un autre et pour qui rien d’autre n’existe que dans la pensée attelée à la tâche. Pas le temps de voir. (texte) Et pourtant, au bond de la route, les couleurs de l’automne sont magnifiques, toute une gamme de rouges éclatants s’étale dans les bois. Une brume légère enveloppe la colline. La vision s’étend, l’horizon est immense et mystérieusement, chaque chose semble à sa place. Il y a en toute chose une présence. (texte) Mais bien sûr, cela ne compte pas, il y a toujours quelques problèmes plus importants à penser. Qui maintienne dans la tête. Ce qui dispense de voir. C’est pour cette raison que le regard des passants dans la rue a l’air éteint. (texte) Une absence caractéristique au monde perçu. Une extinction de la lumière de la vision. Du coup plus rien n’a de présence, plus rien n’a de couleur, plus rien n’a de vie et il n’y a plus qu’un arrière plan flottant dans le gris de mornes pensées. Qui est attentif et qui sait observer ?

 

D. Du goût et des saveurs

Le goût est la qualité essentielle de l’Elément Eau, (apas) il se trouve dans la langue qui est également l’organe de la parole. Il est un de nos sens les plus communément négligé. S'il était plus développé, par exemple, nous sentirions immédiatement qu'une nourriture est dévitalisée et si nous avions simultanément la sensation globale qui est portée par un goût raffiné, nous pourrions sentir une répulsion dans le corps. L'insensibilité du goût se traduit aussi par l'inaptitude à reconnaître une palette riche de saveurs, ce qui implique une manière assez frustre de se nourrir dans laquelle domine surtout sucré et salé. L’Ayur-veda conseille d'être attentif non seulement à l'impression immédiate éprouvée dans le goût, mais aussi à l'ambiance du lieu, à l'aspect, aux couleurs, à l'odeur, à la réaction globale du corps. Au niveau subtil, le goût rejoint les quatre autres sens et une intelligence du corps accompagne la sensation globale. C’est elle qui dit de manière subliminale qu’une chose est bonne ou mauvaise. Ce dont la pensée est incapable.

 

1) La plupart du temps, l'immixtion de la pensée dans le goût consiste dans le fait de détourner l'attention depuis ce que nous mangeons vers une autre macération, toute mentale celle-là, de nos réflexions et de nos problèmes. « J'ai beaucoup de choses importantes à penser...! » et du coup je suis absent à ce qui est, et même à ce qui est… dans l'assiette. Complètement identifié à mes pensées, je n'apprécie plus rien… J'avale. Ce que font la plupart des gens. Il suffit d’observer pour s’en rendre compte. C’est l’atonie de la conscience normale que nous entretenons par la restauration rapide.

 

Plus étrange encore : la pensée est capable de créer une suggestion dans le goût, par exemple dans la satisfaction snob, qu'un plat est forcément « excellent » parce qu’il est l’apanage d’un standing élevé. On peut se convaincre qu'une chose est bonne parce qu'elle est un luxe... alors que si nous écoutions notre corps, il nous dirait tout le contraire ! L’attention est encore identifiée à la pensée, elle n’est pas dans la sensation. Ainsi, la sophistication du concept est capable de s’introduire là où on l’attendrait le moins, au niveau gustatif ! Notons aussi que nous disons avoir du goût en matière esthétique, quand est présente une sensibilité élevée à la forme dans l’art. Mais il est possible de dénaturer le goût en mettant à sa place les complications du concept, ou un savoir historique et technique, là où il n’y a aucune sensibilité, aucune émotion esthétique. C’est ce qui fait dire à Pascal qu’il y a une vanité de la peinture. La même chose peut se produire au niveau du goût cette fois-ci gustatif. Qu’il y ait une dénaturation du goût peut s’entendre dans ce que le mot goût désigne car il ne peut avoir un sens que s’il y a une véritable expérience, une découverte même. Ce n’est pas un hasard si le terme de « goût » est emprunté de la relation de la bouche aux aliments et employé aussi dans le domaine de l’esthétique. Goûter c’est apprécier le rasa, la saveur, la sentir se répandre dans la bouche dans milles éclats. Apprécier de manière esthétique, c’est en éprouver la résonance et se laisser porter par les harmoniques de la beauté, par le charme d’une présence. Si c’est la pensée qui prescrit ce qui doit être senti, ce n’est plus de l’émotion, ce n’est plus une sensation. C’est un concept et un concept n’est qu’une forme. On peut donc sans contradiction être très sophistiqué et en même temps complètement insensible, dans la mesure où la sophistication, c’est toujours du mental. Ce n’est pas le domaine vivant de la sensibilité. De même que la pensée est capable de créer de toute pièce de la peur, elle peut aussi bien créer la réaction associée à « c'est bon », ou « c'est mauvais », « c'est infect ». Le garçon qui a décidé que les épinards « c'est mauvais » peut les trouver délicieux... le jour où c'est sa petite amie qui les prépare!

 

2) Laissons de côté les surimpositions psychologiques. Supposons que pour une fois nous soyons disponibles, présents à ce que nous mangeons. Nous rendrons alors au goût sa réceptivité et nous verrons qu'il est un royaume à lui seul, au même titre que les dimensions de l'espace pour la vue. En cuisine, on parle d'avant-goût et d'arrière-goût. La variété des saveurs est au niveau du goût est comparable au feu d'artifice des couleurs et aux nuances multiples des parfums.

 

La variété présente dans le goût n’est pas seulement affaire de notre subjectivité personnelle et de ses préférences. Les saveurs sont en rapport étroit avec la Nature, le corps et ses fonctions ; elle peuvent les stimuler ou les ralentir et elles sont aussi en relation avec l’activité mentale qu’elles influencent. Ce qui est connu depuis des temps très anciens.

 

L'Ayur-veda distingue dans le goût six saveurs fondamentales. a) La saveur douce ou sucrée Madhura rasa (comme dans le miel et les fruits) est liée à la Terre et l'Eau, elle est de nature froide et rafraîchissante. Le doux et rattaché à l’amour et l’attachement. Il calme et apporte une sensation de plaisir. En excès, il donne un développement anormal des tissus, ralentit le fonctionnement du corps, donne de la lourdeur et un sommeil excessif. b) La saveur acide ou aigre, Amla rasa, (comme dans les tomates et les prunes acides) est liée à la Terre et le Feu. Elle stimule le feu digestif et aiguise l’appétit. L’acide est rattaché à l’envie et au ressentiment. En excès, il augmente la soif et ronge. c) La saveur piquante, katu rasa, (comme dans les piments et le gingembre) est liée à l'Air et au Feu, elle est de nature chaude et échauffante. Elle assèche l’humidité des aliments. Le piquant est rattaché à l’hostilité et la haine. En excès, il augmente la chaleur interne et brûle. d) La saveur salée, lavana rasa (comme dans le poisson et les crustacés) est liée des éléments Feu et Eau, de nature chaude et échauffante. Elle renforce le corps en pénétrant les tissus. Elle améliore la perception gustative. Le salé est rattaché à l’avidité. En excès, il retient l’eau et provoque une hypertension. e) La saveur amère tikta rasa (comme dans l’absinthe) est liée à l'akasha et l'Air. Elle est froide et rafraîchissante. Elle rehausse les autres saveurs. Elle tend à clarifier l’esprit. En excès, elle assèche et diminue la perception du goût. f) La saveur astringente, kashhya rasa, (comme dans les lentilles et les haricots) est liée à l'Air et la Terre. Elle est de nature rafraîchissante et provoque un effet de contraction, d’absorption. L’astringent est lié à l’aptitude à la réflexion. En excès, il provoque des obstructions et la sécheresse.

 

Une nourriture raffinée doit être saine, bien choisie, prise dans le calme et dans un lieu agréable. Elle doit comporter les six saveurs. D’autre part, la nourriture est aussi médicament et l’Ayur Veda conseille de privilégier certains goûts en fonction de la constitution physique de la personne et de ses déséquilibres actuels. On utilise les épices pour modifier les principes métaboliques appelés doshas. Ainsi, une personne de constitution fortement charpentée, kapha, devrait réduire le salé et augmenter le piquant. Une personne de constitution vata se sentira mieux en privilégiant le sucré etc. Dernier point : la corrélation entre la qualité de la nourriture et la qualité de l’éveil est importante. Il existe des précisions remarquables dans ce sens dans les textes anciens. Un régime qui comporte trop de tamas (inertie) alourdit la conscience. On appelle régime sattvique le régime approprié pour qui pratique le yoga, le régime favorable à l’expansion de conscience.

 

Ce qui est important dans ce système, c’est qu’il réconcilie deux points de vue que nous opposons souvent en occident, celui de la diététique (sain… mais austère le plus souvent du point de vue du goût !) et celui de la gastronomie (agréable mais… fortement calorique !). Le goût, vu de cette manière, est décrit comme une expérience, mais se prolonge dans une connaissance. Il est aussi tout à fait admissible de parler d’une esthétique du goût qui ne relève pas d’expérimentations plus ou moins arbitraires, mais nous ramène à l’incarnation dans la dimension spirituelle de l’homme.

 

E. L’odorat, sens de la Terre

L’odeur de l’humus nous remet sur pied dans la relation à la Terre. L’odorat est la qualité essentielle de l’Elément Terre (prithivi), l’odeur et le parfum rencontrent ce qui constitue la matière. Le parfum a en quelque sorte la dimension primale de la sensualité terrestre. Le caractère apparemment frustre et organique de l’odorat fait qu’il a souvent été rejeté. Par la religion et la morale tout d’abord, parce que la sensualité éveillée par l’odeur serait sensée appeler l’animalité en l’homme. L’odeur et le parfum sont trop charnel et inviteraient à ce que Saint Augustin appelle la « concupiscence » et le péché. Les philosophes ont aussi eu tendance à déconsidérer le sens de l’odorat, car c’est le sens le moins intellectuel et le moins représentatif. Mais le discrédit de l’odorat est très injuste, car il ne prend pas en compte toute la richesse sensible qu’il nous découvre. Comme précédemment, nous pouvons dire qu’il existe un niveau subtil de l’odorat, mais qui est très peu pris en compte et très peu éveillé chez la plupart d’entre nous.

 

1) Il est intéressant de noter que dans son Traité des Sensations, pour tenter de comprendre l’apparition de la vie subjective, débute par l’odorat. Condillac invente la fiction d’une statue qui naîtrait à la conscience à travers le sens de l’odorat au moment où on approcherait d’elle une rose. Cette forme très primitive de conscience serait bornée à la seule sensation, sans aucune trace de représentation ou de concept, sans même l’idée d’une dualité intérieur/extérieur.

 

« Les connaissances de notre statue, bornée au sens de l’odorat, ne peuvent s’étendre qu’à des odeurs. Elle ne peut pas plus avoir les idées d’étendue, de figure, ni de rien qui soit hors d’elle, ou hors de ses sensations, que celles de couleur, de son, de saveur.

 

Elle n’est par rapport à elle que les odeurs qu’elle sent. Si nous lui présentons une rose, elle sera par rapport à nous, une statue qui sent une rose ; mais par rapport à elle, elle ne sera que l’odeur même de cette fleur ».

 

L’odeur des sous bois mouillé de pluie est une atmosphère et non pas un objet, elle est un je ne sais quoi insaisissable et éphémère qui ne fait que flotter. Or ce sont exactement les caractéristiques de la phénoménalité. Le domaine du relatif est dans sa nature même un flux mouvant dans lequel nous pouvons découper des objets et il est aussi par nature voué au changement, de l’apparition, au maintient, puis à la disparition. Tout phénomène n’est qu’un flottement temporel sur l’océan de l’Etre. L’odeur implique une manifestation phénoménale, dans sa donation qualitative, avec son caractère diffus. Elle est l’épa­nouissement d’une présence sensible et la disparition du phénomène vers sa fin. L’odeur nous rappelle l’évanescence de toute existence, que toute existence est une exhalaison, une respiration temporelle qui ce maintient puis s’en va vers la mort. Les créations de la Nature les plus éphémères, les fleurs ont pour elle leur beauté splendide et… la flagrance du parfum. (texte)

 

L’odeur est entièrement qualitative et subjective et elle l’est tellement qu’elle n’entre que difficilement dans des concepts permettant de la désigner. Il y a bien une sensation dans l’odeur, la sensation est une impression, mais ce n’est pas une perception dont le contenu conceptuel serait objectivable. On peut discuter pour déclarer en terme de vrai/faux si le mur d’en face est oui ou non orange. On ne peut pas le faire pour affirmer si une odeur est oui ou non grasse. L’odorat est un ressenti qui n’exprime pas une pensée, mais n’exprime que lui-même. Ainsi, il n’y aurait guère de sens à dire que les passagers qui descendent de l’avion en terre africaine sentent « la même odeur », car chacun d’eux fait une expérience originale. L’odorat se situe en deçà de l’intentionnalité. S’il nous fallait trouver quelques moyens ramener à la vie une personne égarée dans des pensées folles, il ne serait pas indiqué de la mettre devant un écran de télévision pour qu’elle soit encore sous le coup d’une agitation compulsive de la pensée, (collective cette fois-ci). Nous penserions certainement l’inviter à toucher la terre, mais aussi à respirer l’odeur des pins, le parfum des fougères, ou par exemple, des feuilles de citronnelle quand on les écrase entre ses doigts, ou encore le parfum sublime de la fraise des bois au creux de la main. Le parfum retient et arrête, au milieu de la Nature il ramène vers la Terre, il nous inscrit ici et maintenant. Bien sûr, on peut marcher dans une forêt enfermé dans un train de pensées et ne faire attention à rien. Celui qui est excessivement « dans la tête » peut devenir presque insensible au niveau de l’odorat ; mais ce qui est remarquable, c’est que l’invitation de l’odeur est toujours là, mouvante, constante et très insistante, et il suffit d’un léger espace entre deux pensées pour que la prégnance de l’odeur nous atteigne. C'est un des services que nous rend l'odorat que de nous inviter à sentir là où nous aurions tendance excessivement à penser.

 

2) Il est superficiel de croire que l’odorat est un sens mineur et qu’il a peu à nous apprendre. Il n'est pas fait pour stimuler le concept, mais il entre dans le royaume de la sensation brute. Il y a là une intelligence. En fait, c’est surtout une question de présence dans l’odorat, car seule une immersion profonde dans la présence donne relief et profondeur à l’odorat. Relié au goût et à la vue dans le domaine de la sensation, il est relié à une intelligence qui suffirait souvent à nous protéger de mauvaises surprises. Mais cette intelligence là n’est pas conceptuelle, elle est avant tout instinctive. Il y a une corrélation entre mauvaise odeur et putréfaction ; entre mauvaise odeur et effet de lourdeur et d’inertie dans l’assimilation des aliments. Ce n'est pas vraiment l'intellect qui fait cette corrélation quand elle est vivante. Elle est dans la relation entre le corps et le monde. Si nous étions assez disponible pour nous fier réellement à notre nez, nous saurions prévenir bien des expériences désagréables. Il faut toujours flairer la nourriture avant de la manger dit l'Ayur-Veda et être attentif aux message que nous envoient les sens. Le corps n'est pas si stupide, si « bête » qu'on le dit. En tant qu’être humain, nous n’avons certes pas l’odorat des canidés, mais l’odorat humain est tout de même extrêmement efficace et subtil. Il est possible (sans forcer le jeu de mots) de pressentir à travers l'odorat l'objet, la chose que nous ne voyons pas encore.

 

L’homme s’est dégagé de l’odorat, tandis que les autres espèces sont restées très ancrée dans le système olfactif, parce que l’être humain, sur le plan mental, marche davantage à l’œil et à l’oreille qu’au nez. Le déclin de l’odorat, diront les biologistes, est lié à l’affaiblissement de la pression de la survie. Une fois que l’homme a conquis la maîtrise de la Terre, il tend à privilégier ce qui a fait sa force dans l’évolution, l’apparition du mental et la puissance des créations de l’intellect. D’où la tendance, dans une société de plus en plus artificielle, à privilégier le visuel et l’auditif, les deux sens les plus liés à la pensée. L’univers fondé sur la pensée est donc très aseptisé de toute odeur. Le moment où le positivisme proclamait la suprématie du savoir scientifique a aussi été celui où a commencé, avec Pasteur, l’entreprise de l’hygiène rigoureuse. Il fallait stériliser les objets et la nourriture et dans la foulée, traquer les mauvaises odeurs. Un univers mental complètement abstrait serait purifié de tout élément rappelant trop l’incarnation véritable. Ce pourrait être celui du Penseur spéculatif, qui, retiré du monde réel, serait parvenu à s’enclore dans un monde d’idées abstraites. Une sorte d’érudit n’ayant pour territoire que les dictionnaires et les livres et de fanal que celui donné par le langage. Mais attention, il deviendrait aussi ce que nous voyons dans les jeux vidéo ou à la télévision : beaucoup d’images et du bruit, mais pas d’odeur. Un monde purement virtuel, purement mental. L’odorat est ce qui risque de nous sortir du virtuel : si la télévision se met à fumer ou si le plat de nouilles brûle dans la cuisine ! Il nous ramènerait ici et maintenant, alors que plongé dans le spectacle, ce qui nous importe, c’est avant d’être dans un ailleurs. Notre technologie ne sait pas encore synthétiser efficacement le royaume de l’odorat. Elle est encore très au-dessous de ce qui se produit en nous chaque nous dans le monde onirique. Mais elle avance aussi dans cette direction, celle du « cinéma sentant » de Boris Vian. Elle aimerait virtualiser tous les sens et nous plonger dans une quatrième dimension entièrement abstraite et nous couper de toute vie concrète. (texte) Recréer un simulacre de vie dans le monde de l’abstraction.

 

* *

*

 

Nous avons vu que la plus haute vertu de nos cinq sens consiste à nous immerger dans la plénitude vivante du monde sensible. Cependant, la surcouche mentale qui s’y ajoute tisse le plus souvent un voile entre nous et le réel. Dire, comme le pense Bergson, que ce voile est lié à l’adaptation en suffit pas, par contre, dire que la reconnaissance pratique nous met des oeillères est plus précis, mais encore insuffisant. Ce qui est plus exact, c’est d’observer que nous sommes à ce point identifié à nos constructions mentales, qu’elles finissent par téléguider en permanence dans notre perception et c’est la raison principale pour laquelle nous ne sentons rien du monde qui nous entoure (texte).

 

A l’opposé de ce qui est d’ordinaire enseigné dans notre culture, nous dirons que l’humanité pleine et vraie ne s’accomplit pas dans l’hyperconceptualisation théorique, mais dans l’épanouissement complet de l’éveil sensoriel. Un être humain complet est un être humain sensible dans tous les sens du terme. L’éveil sensoriel n’abolit pas l’intelligence, mais la réveille dans la dimension de ce qui est. Il n’existe pas d’opposition entre la lucidité et la plus haute sensibilité. C’est au contraire l’unité entre intelligence et la sensibilité que les sens nous offre, si nous acceptons l’invitation à sentir. Nous avons besoin de vivifier davantage notre incarnation (texte) afin que notre existence soit une continuelle expérience vécue, une découverte d’instant en instant. Nous avons besoin de sentir davantage le rayonnement sensible du corps et son champ d’expérience. Sans le forcer avec des drogues, des stimulants, sans jamais plus l’anesthésier avec un mode de vie mortifère.

 

Philosophie et spiritualité
sergecar.club.fr

 

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Mardi 20 janvier 2009 2 20 /01 /Jan /2009 17:30
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Jeudi 30 octobre 2008 4 30 /10 /Oct /2008 19:26


Le cerveau humain au XXIème siècle est en plein bouleversement, il est constamment bombardé d'informations dans la sur-stimulation sensorielle du 21 siècle par le multimédia au point de ne plus savoir comment les traiter. Les activités superposées et les temps courts ajoutent des difficultés par un phénomène de zapping nuisible aux études. L'élève doit en plus répondre aux attentes d'un système d'éducation .

Il s'en suit un phénomène comparable à un embouteillage de connaissances sans structure significative. Dans cette architecture cérébrale où circule l'information à haute vitesse, certaines informations transmises sont sans égards à leurs importances respectives, bloquées, retardées, souvent mal classées et pouvant même être effacées ou irrécupérables.

En France, la pression pour imposer les apprentissages intellectuels au dépend des activités de découverte motrice et créatrice. (je rappelle que l'enfant apprend en bougeant c'est à dire avec son corps, le mouvement participe à la fixation des apprentissages.) On accuse facilement le cerveau de l'apprenant d'en être le responsable. On dit de lui qu'il est inattentif, qu'il est hyperactif, qu'il est inadéquat pour apprendre, qu'il faut le soigner et parfois le médicamenter.

Pourtant , le plus souvent, il s'agit d'une panne de la vitalité, du plaisir et du besoin d'apprendre. Cette panne concerne certaines activités ou globale. La source est la plupart du temps des angoisses, des problèmes liés au développement de l'enfant. En fait, le cerveau humain est dans la plupart des cas une pure merveille de haute technologie et il est peut être, utilisé comme une simple calculatrice.


ICI, La sophrologie propose de revisiter le schéma corporel par des pratiques basées sur la répétition ans le calme et la détente.


Le matériel pédagogique attention- concentration sert de courroie de transmission entre l'entrée des informations (attention-mémorisation), les processus cognitifs de traitement et la sortie créative de ces informations.

L' objectif est de proposer à l'apprenant le plus tôt possible de connaître et respecter la structure, de son cerveau et les exercices sophrologiques permettant d'améliorer ses performances. Pour apprendre à bien gérer les fonctions supérieures du cerveau (langage, logique, jugement et planification), il faut s'assurer de l'efficacité des fonctions de base comme l'attention, la vigilance et la mémoire.


a. Qu’est ce que l’attention ?

Ce que l’on perçoit consciemment n’est qu’une petite partie des stimulations que notre cerveau reçoit. Nous recevons, de notre environnement, beaucoup d’informations qui ne sont pas traitées de façon consciente. C’est l’attention qui est chargée de ce traitement. Elle favorise la perception et l’analyse automatique des informations reçues.

L’attention possède deux rôles essentiels :

- Le filtrage : il s’agit d’un mécanisme qui permet d’éviter la surcharge que pourraient causer les nombreuses stimulations du milieu.

  • L’analyse : elle sert à percevoir dans l’environnement, des signes d’importance et des indices de danger sans passer par le traitementconscient de ces informations, ce qui occasionne un gain de temps.


b. Comment fonctionne l’attention ?

L’attention est une mise en disponibilité des canaux sensoriels orientés vers la recherche et l’enregistrement d’informations susceptibles d’être utiles. Tout ce qui provient des émotions et de nos propres pensées est considéré parle cerveau comme le plus important. Il arrive que nous soyons distraits par nos pensées. Entre stimulation extérieure et stimulation intérieure, la stimulation intérieure est privilégiée. Elle sera traitée en premier. Lorsquel’attention ne se tourne plus vers l’extérieur, mais vers l’intérieur, il s’agit de concentration. Il est important de distinguer les deux termes même si le langage courant les confond.Lorsque nous avons l’impression qu’une information peut servir, le cerveau fait porter sur celle-ci toute l’attention. Si nous voyons peu ou pas d’intérêtaux informations, nous cessons presque automatiquement d’être attentifs.Ceci peut se produire en classe.Sont habituellement considérées comme stimulantes toutes les activités qui« bougent », celles qui demandent l’activation de plusieurs sens.Puisque les activités stimulantes sont celles qui demandent l’activation de plusieurs sens, il est capital de varier les activités des élèves, tant du point de vue du type de tâches que du point de vue du contexte dans lequel elles se réalisent. Pour cela il est souhaitable de donner du rythme à son enseignement

La concentration, elle, possède un effet contraire à celui de l’attention : elle diminue la sensibilité à percevoir les informations du milieu. Elle évite d’être distrait par des stimulations autres que celles choisies. On est alors conscient d’une seule chose, en dehors de laquelle il n’existe plus rien. Il peut s’agir dequelque chose d’extérieur ou d’intérieur. Quand l’attention est à son maximum,la concentration est faible et inversement.

 

 


ICI, La sophrologie proposera de travailler la souplesse du passage entre milieu intérieur et milieu extérieur, de l'attention à la concentration ainsi que la conscience des sens et leur stimulation.


La qualité de l’attention est influencée par des facteurs qui déterminent l’efficacité du fonctionnement du cerveau :

- la santé physique: Hygiène de vie - le rythme de vie - la passivité/l’activité mentale : être passif mentalement rend dépendant del’enseignant : sa façon d’écrire au tableau, le son de sa voix, sa rapiditéd’élocution etc..

Sont les symptômes d’un manque constant d’attention :

-oublier ce qui vient d’être dit -se heurter aux objets -manquer d’entrain dans les activités quotidiennes.

Puisque l’on cesse presque automatiquement d’être attentif lorsque on ne perçoit pas l’intérêt des informations, il semble primordial de donner du sens aux activités .

Outre la sensibilisation dles élèves à l’hygiène de vie pour optimiser l’efficacité de fonctionnement du cerveau et le soin apporté par l'enseignant à son comportement, sa voix,ses postures, son élocution, il semble primordial que celui-ci privilégie une pédagogie valorisant la démarche active de l’enfant afin qu’il soit maître de ses propres apprentissages.



ICI, la sophrologie travaillera sur la visualisation, l' intégration des buts et l'appropriation par l'élève des outils permettant de stimuler l' attention



  1. Qu’est ce que la concentration ?

    La concentration est nécessaire au cerveau pour fonctionner de façon efficace lors de résolution de problèmes, d’émergence de souvenirs etc… la concentration favorise l’utilisation de la mémoire et des mécanismes de réflexion pour enregistrer ou faire une recherche d’informations. Laconcentration facilite la comparaison, l’analyse, la synthèse et l’établissement de relations.La concentration possède un rôle essentiel : isoler le cerveau des distractionsextérieures ou intérieures. Elle bloque l’arrivée à la conscience de toutes lesstimulations qui pourraient nuire à l’utilisation des mécanismes mentaux ou deréflexion.

Il y a la concentration immédiate, dont nous avons besoin pour observer avec soin un document, un visage, un événement, un spectacle, un monument, un tableau, et la concentration prolongée dont nous avons besoin pour étudier, apprendre, retenir, rédiger, calculer, penser, réfléchir.

La concentration immédiate demande à être pratiquée à volonté, instantanément et en toutes circonstances. Elle requiert aussi l'aptitude à changer de sujet rapidement.

La concentration prolongée, pour l'étude ou la réflexion, nécessite un entraînement différent.


La volonté ne détermine pas toujours l’attention et l’action. Essayez, par exemple, de marcher sur une poutre placée à quatre mètres de hauteur, même si vous le voulez vraiment, vous n’y parvenez pas d’emblée. Or, si cette poutre se trouve à même le sol, vous n’aurez aucun problème pour marcher dessus. Comment expliquer cela ?
Notre cerveau primitif fait barrage, de manière générale, à toutes les informations, sauf celles qu’il connaît déjà. Il sélectionne  celles qu’il connaît déjà, celles qui correspondent au schéma qu’il a déjà enregistré. Si le souvenir est plaisant, il recherche l’information, sinon, il la rejette. Ce qu’il faut donc, dans ce cas, c’est d’associer aux informations aux informations que l’on désire mémoriser, des idées positives et plaisantes, afin que le cerveau primitif lève le blocage et que la motivation et l’attention se créent pour agir.
Ainsi, l’individu qui maîtrise son cerveau primitif agit sans forcer, mais avec plaisir ; il a alors le sentiment de plénitude, d’autonomie et de liberté créatrice. Il réussit ce qu’il entreprend et renforce le sentiment positif qu’il a de lui. Par contre, une volonté due uniquement au cerveau supérieur se heurte au système limbique. Cela fait naître des conflits, des tensions mentales des frustrations et des refoulements.


ICI, la sophrologie propose de travailler le principe de positivité.


d. Comment fonctionne la concentration ?


La concentration vise donc à diminuer, voire empêcher la réception des informations. Il faut donc activer le cerveau à l’opposé de ce qu’il est habitué defaire de façon automatique : on parle d’effort de concentration.

La durée de concentration : chaque personne possède une quantité d’énergie deconcentration qui lui est propre. La durée de concentration est fonction de :

- l’entraînement: Puisque la concentration n’est pas un mécanisme automatique et qu’elle demande un effort de volonté, elle peut se développer grâce àl’entraînement. (Par exemple en pratiquant des exercices de concentration auditive ou visuelle lors de lectures)

- du degré de familiarité de la tâche : la connaissance et la maîtrise du travail à faire créent des automatismes. Les automatismes permettent d’organiser les informations plus facilement ; l’effort à faire pour seconcentrer en sera diminué.

- du type de tâches à réaliser.

- des conditions du milieu : plus il y a de bruit et de distractions moins il estaisé de se concentrer pendant une durée prolongée.Il est impératif d’aménager des temps de pause entre les périodes de concentration.

Les problèmes de concentration sont essentiellement dus :

- à la fatigue ( il est primordial de respecter les rythmes naturels des enfants)

- au stress

- aux problèmes personnels

  • à l’environnement.


ICI, la sophrologie propose les techniques de réduction du stress, et les techniques concentratives ( retour au corps, respiration, concentration sur objet)



e. Se stimuler avant d’agir

Visualiser des situations de réussite, ou bien se remémorer des situations à connotation positiv et valorisante permet de se convaincre de l'action pour vous adapter à votre but.
Vous pouvez aussi y arriver en vous  donnant des représentations mentales, à ce qui peut vous donner de la confiance...


ICI, la sophrologie propose le travail de visualisation positive et de confiance en soi,


f. La mémoire

Les 3 facteurs qui président à l'enregistrement des idées, des faits ou des données, sont :

1. l'impression - 2. l'association - 3. la répétition

C'est dans cet ordre qu'il faut les mettre en action. Si vous négligez l'un de ces facteurs cela ne vous empêchera pas forcément de retenir. Mais lorsque vous désirez retenir consciemment et durablement quelque chose il est indispensable de suivre le processus complet : impression, association, répétition.

C'est ce qui explique que nous retenons par exemple le nom d'une personne rencontrée à une réunion et que nous n'arrivons pas à nous souvenir du nom d'une autre personne présente à la même réunion. Dans un cas vous avez accordé une attention suffisante à la personne (impression), vous avez peut-être établi dans votre esprit (consciemment ou inconsciemment) certaines associations relatives à cette personne, et son nom a été mentionné plusieurs fois (ou vous l'avez répété intérieurement).

Dans l'autre cas vous n'avez peut-être pas fait suffisamment attention (d'où une impression insuffisante) ou bien vous n'avez fait aucune association ou vous n'avez pas entendu ou répété son nom.

g. Ayez l'ntention et faites attention

La première condition pour bien fixer les impressions est de le vouloir. Pour cela il faut avoir un intérêt réel pour la personne ou la notion dont on veut se souvenir. Vous aurez toujours beaucoup de difficulté à fixer votre attention sur quelque chose qui ne vous intéresse pas. C'est pour cette raison que vous ne vous souvenez pas du nom de gens que vous avez eu l'occasion de rencontrer mais qui ne vous intéressent pas réellement.

De même si vous n'avez pas l'intention préalable de vous rappeler quelque chose, vous risquez de ne pas y prêter une attention suffisante. Cela explique pourquoi vous avez du mal à vous rappeler certaines choses que vous avez vues, mais que vous ne pensiez pas avoir à évoquer ultérieurement.

Vous diminuerez vos risques d'oubli si vous associez en pensée cet appel téléphonique à une image forte. Imaginez-vous un instant en train de téléphoner à votre client et voyez le en train de signer un chèque important en couverture d'une commande. Inversement représentez-vous votre client en colère en train de vous expulser de son bureau en vous reprochant d'avoir oublié de lui téléphoner. Tout cela ne prend en pensée que quelques secondes et pourtant des associations imagées aussi simples que celles-là peuvent améliorer votre mémoire sans aucun effort pénible de votre part.


ICI, la sophrologie propose, pour faciliter le souvenir, d'associer des images mentales fortes et positives



h.Observez bien

Lorsqu'il s'agit de se souvenir, l'attention doit prendre une forme plus précise ; c'est l'observation. Pour bien vous souvenir d'un tableau de maître, il ne faut pas vous contenter d'y prêter une certaine attention. Il faut d'abord s'en faire une idée d'ensemble, puis il faut en étudier les détails.

A partir du moment où il s'agit de retenir quelque chose qui comporte différents éléments ou différents aspects, il y a lieu d'observer. Nous verrons aussi en étudiant l'association que celle-ci nécessite parfois l'observation d'éléments autres que la notion ou l'objet à retenir lui-même.

Pour apprendre à mieux observer, entraînez-vous à examiner les choses sous leurs différents aspects et en vous servant de tous vos sens : regardez l'allure générale et la couleur, touchez, sentez, goûtez, écoutez, examinez le poids, le volume, analyser la dureté, etc. Plus vous mettez de sens en action, plus vous vous souviendrez aisément.


ICI, la sophrologie propose le travail sur les cinq sens, et le travail sur la souplesse mentale entre l'observation du détail et la globalisation.



L'association est à la fois indispensable pour la fixation des souvenirs et pour leur rappel ultérieur.C'est pourquoi plus une mémoire fonctionne, plus elle est efficace. Plus vous avez de souvenirs dans votre mémoire, plus il vous est facile de créer une association entre la chose nouvelle à retenir et une donnée enregistrée antérieurement.

Les souvenirs et les informations déjà gravés dans votre mémoire vous aident à y accrocher de nouvelles connaissances : c'est la raison pour laquelle, plus vous avez de choses en tête, et plus il vous est facile d'en mémoriser d'autres.


ICI, la sophrologie propose un travail stimulant les différentes mémoires

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Lundi 24 mars 2008 1 24 /03 /Mars /2008 17:43
Avez-vous remarqué que lorsque nous lisons, lorsque nous écoutons un orateur, nous ne comprenons que superficiellement et qu'il nous est difficile d'apprécier ou même de mémoriser? Pourquoi? Outre notre esprit qui part vagabonder, ne nous arrêtons-nous pas à la compréhension intellectuelle seulement? Celle des mots, des idées? Ces mots, ces idées ne sont-elles pas déjà celle de nos «tiroirs en mémoire» ou bien n'en prennent-elles pas le costume, le costume de nos propres mots? Avons -nous une réticence à comprendre les choses profondément ou bien restons-nous en surface pour revenir plus vite à nous-mêmes? Pourtant, si ces mots, ces sons, ces images entraient profondément en nous, ils provoqueraient sans doute un changement important. En nous laissant imprégner sans préjugés, sans intellectualisme, positivement, sans lutter, la compréhension viendrait rapidement, les mots par leur sonorité livreraient tout leur sens. Quand on comprend intellectuellement, on ne vit pas, on ne comprend pas, ce n'est qu'un exercice verbal, une mise en mots de la réalité. Le fait d'écouter, de regarder sans résistance de l'intellect donne un grand plaisir, ouvre une autre dimension à la vie. Je vous suggère un petit exercice pour entrevoir cette attitude dans la réalité: Choisissez un texte, ce peut être un poème, un article, une scène. Voyez un personnage s'animer pour vous lire le texte, il y met toute sa ferveur, toute sa passion. Dans cette scène, suivez sa voix, vous êtes présent, placé tout près de l'orateur. Laissez-vous imprégner de la musique des mots, de la voix de l'acteur. N'analysez pas. Prenez plaisir, c'est le seul but. Si votre esprit a commencer à discuter, revenez au début et reprenez. Notez seulement, entre deux, l'endroit où vous vous êtes surpris à intellectualiser. Progressez vous en allant plus loin sans que vos propres idées s'en mêlent? Répétez souvent cet exercice avec d'autres textes. Par la distanciation que vous travaillez en faisant parler quelqu'un d'autre et en vous plaçant sur l'image, vous pourrez , petit à petit allonger la scène avant d'être assailli par vos pensées. Vous allez apprendre à faire taire vos préjugés et enfin être à l'écoute. Vous pourrez plus souvent dire: «J'étais plongé dans ma lecture, et non dans le bavardage de mon esprit ».

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Mardi 18 mars 2008 2 18 /03 /Mars /2008 14:13

Depuis les années 90, plusieurs enquêtes étudient l'influence des conditions de travail sur la santé mentale, illustrant la prise en compte de cette thématique. La Caisse Nationale d'Assurance Maladie des Travailleurs salariés reconnaît le caractère professionnel des traumatismes psychologiques , s'ajoutent de nouveaux articles dans le code du travail visant le harcèlement moral dans les entreprises dont la responsabilité de l'employeur non seulement physique mais également mentale des salariés de l'entreprise prise en compte des évolutions récentes: mondialisation et tension des marchés, intensification de la charge de travail, flexibilité maximale, développement du secteur des nouvelles technologies de l'information et de communication (NTIC), essor des activités du secteur tertiaire, etc. Ainsi, plus d'un travailleur sur deux travaille dans l'urgence ; plus d'un sur trois dit appliquer strictement les consignes ou reçoit des ordres contradictoires. Pour un travailleur sur trois également, les relations dans le travail sont source fréquente de tensions. Enfin, le sentiment de responsabilité, vis-à-vis de son travail, concerne de plus en plus de travailleurs.

 

Facteurs de stress liés au contexte professionnel, cinq grandes catégories de facteurs professionnels:

- Facteurs liés à la tâche, c'est-à-dire au contenu '

- Fortes exigences sur la charge de travail, rendement, pression temporelle,masse d'informations à traiter, …)

- Fortes exigences qualitatives (précision, qualité, vigilance, …)

- Caractéristiques de la tâche (monotonie, absence d'autonomie, répétition,fragmentation, …)

Risques inhérents à l'exécution même de la tâche (ex : erreur médicale fatale duchirurgien)

 

Facteurs liés à l'organisation du travail:

- Absence de contrôle sur la répartition et planification des tâches dans l'entreprise

- Imprécision des missions confiées (Qu'attend-on de moi ? Comment dois-je m'y prendre ? Sur quelle base serai-je évalué(e) ? )

-Contradiction entre les exigences du poste (Comment faire vite et bien ? Qui dois-je satisfaire : le client ou le respect de quotas ? )

-Inadaptation des horaires de travail aux rythmes biologiques, à la vie sociale et familiale

-Nouveaux modes d'organisation (flux tendu, polyvalence, …)

- Instabilité des contrats de travail (contrat précaire, sous-traitance, …) Etc.

 

Facteurs psychosociaux (liés aux relations de travail) :

- Manque d’aide de la part des collègues et/ou des supérieurs hiérarchiques

- Management peu participatif, autoritaire, déficient, …

- Absence de reconnaissance du travail accompli Etc.

 

Facteurs liés à l'environnement physique et technique

Nuisances physiques au poste de travail (bruit, chaleur, humidité, …)

Mauvaise conception des lieux et/ou postes de travail (manque d’espace, éclairage, …) Etc

 

Facteurs liés à l'environnement socio-économique de l'entreprise 
Surenchère à la compétitivité sur le plan national ou international

Mauvaise santé économique de l’entreprise ou incertitude sur son avenir Etc.

 

 Selon les situations de travail, ces facteurs de stress ont une importance variable et peuvent interagir entre eux, en se neutralisant ou au contraire en se renforçant.

 

Plusieurs modèles de stress proposent une explication du stress au travail, en croisant deux types de facteurs de stress : La demande psychologique, associée aux contraintes liées à l'exécution de la tâche (quantité, complexité, contraintes de temps, etc.) la plus ou moins grande autonomie dont on dispose dans l'organisation des tâches et la participation aux décisions, et d'autre part l'utilisation de ses compétences : possibilité d'utiliser ses qualifications, capacité à développer de nouvelles compétences.

 

Le croisement de ces deux caractéristiques permet de définir quatre types de situations de travail

La situation exposant le plus au stress est celle qui combine à la fois une demande psychologique élevée et une faible latitude décisionnelle.

L'absence de contrôle que la personne pense avoir sur sa situation et le soutien social au travail (soutien socio-émotionnel et technique) de la part des collègues et des supérieurs hiérarchiques, sont très important dans l'apparition d'un état de stress.

 

Le stress peut survenir en plusieurs circonstances:

- lorsqu'il y a non ajustement entre : les capacités d'une personne et les exigences de la tâche, les besoins de la personne et ceux pouvant être satisfaits par le travail (récompenses).

 

- lorsqu'il y a déséquilibre entre les efforts qu'une personne consent à fournir dans son travail et les récompenses qu'elle en reçoit en retour. [efforts externes: contraintes de temps, interruptions, responsabilités, heures supplémentaires, charge physique, augmentation de la compétitivité et hostilité latente, efforts internes: impatience, besoin d'approbation, irritabilité disproportionnées, incapacité à s'éloigner du travail, Récompenses: les gains monétaires (salaires, primes, etc.), l'estime reçue de la part des collègues et des supérieurs et le degré de contrôle sur son statut professionnel (perspectives de promotion, sécurité de l'emploi, …)]

La personne ressent du stress lorsqu'elle perçoit un déséquilibre entre les contraintes imposées par son environnement et ses ressources pour y faire face.

 

 

Le modèle transactionnel (également nord-américain) proposé par Lazarus et Folkman (à partir de 1984) met l'accent sur les processus d'évaluation de la situation, c'est-à-dire sur l'activité mentale (cognitive) de la personne en situation de stress. Il est utilisé dans le domaine de la recherche en psychologie sur le stress au travail. Cette activité cognitive est schématisée et commentée ci-dessous.

 

Question que la personne se pose:

La situation comporte-t-elle un enjeu pour moi ?est-ce :

Une perte ? Une menace ? Un défi ? Il s'agit du stress perçu (ou évaluation primaire).

Que puis-je faire ? M'est-il possible d'intervenir, de changer quelque chose à la situation, compte-tenu de mes ressources ? Il s'agit du contrôle perçu (ou évaluation secondaire).

Cette appréciation personnelle de l'enjeu et des ressources permet à la personne d'orienter ses réponses. On parle alors d'ajustement au stress (vers la résolution du problème et/ou vers la gestion des émotions engendrées par le stress)

 

Caractéristiques individuelles associées au stress

 

 

Il a notamment été rapporté que les personnalités dites de "type A", caractérisées par une extrême compétitivité, un grand désir de réussite, et une fréquente agressivité et impatience, étaient plus exposées au stress professionnel et plus fréquemment victimes de problèmes de santé. Toutefois, les études récentes n'ont pas confirmé ces résultats.

 

Des facteurs de personnalité interviennent dans la survenue du stress, l'instabilité émotionnelle (ou névrosisme, prédisposition à la détresse psychologique).

 

Mécanismes physiologiques du stress: tout au long de notre vie, nous mémorisons les situations stressantes (comme par exemple la confrontation à une désapprobation majeure d'un supérieur hiérarchique) mais également les réactions biologiques qu'elles ont engendrées. Face à une situation que nous associons à une expérience passée, nous répondons, sur le plan biologique, par une stimulation hormonale d'une intensité et d'une durée influencées par celle précédemment mémorisée.

 

Face à un stimulus stressant, l'organisme réagit en trois phases :

 

Phase 1 : Réaction d'alarme: des hormones sont libérées par l'organisme (système sympathique), la fréquence cardiaque, la tension artérielle, les niveaux de vigilance, la température corporelle augmentent et provoquent une vasodilatation des vaisseaux des muscles. Toutes ces modifications ont pour but de préparer l'organisme au "combat ou à la fuite".

 

Phase 2 : Résistance: Si la situation stressante persiste, l'organisme entre en phase de résistance.L'organisme se prépare aux dépenses énergétiques que nécessitera la réponse au stress. De nouvelles hormones sont sécrétées : elles augmentent le taux de sucre dans le sang pour apporter l'énergie nécessaire aux muscles, au cœur et au cerveau, en y maintenant un apport constant en glucose, la quantité libérée dans le sang est détectée par des récepteurs du système nerveux central qui adaptent la sécrétion. Il s'agit là d'un système autorégulé.

 

Phase 3 : Epuisement: Si la situation stressante se prolonge encore ou s'intensifie, les capacités de l'organisme peuvent être débordées. L'organisme entre dans une phase d’épuisement caractérisée par une hyperstimulation de l'axe corticotrope : l'autorégulation devient inefficiente, les récepteurs du système nerveux central deviennent moins sensibles aux glucocorticoïdes lesquels augmentent constamment dans la circulation. L'organisme est alors submergé d'hormones activatrices pouvant nuire à la santé.

 

Apparition de symptômes divers dans la phase d'épuisement:

Symptômes physiques: Douleurs (coliques, maux de tête, douleurs musculaires, articulaires, etc.), troubles du sommeil, de l'appétit et de la digestion, sensations d'essoufflement ou d'oppression, sueurs inhabituelles, etc.

Symptômes émotionnels: Sensibilité et nervosité accrues, crises de larmes ou de nerfs, angoisse, excitation, tristesse, sensation de mal-être, etc.

Symptômes intellectuels: Perturbation de la concentration nécessaire à la tâche entraînant des erreurs et des oublis, difficultés à prendre des initiatives ou des décisions, etc.

Symptômes comportementaux: Modification des conduites alimentaires, comportements violents et agressifs, isolement social (repli sur soi, difficultés à coopérer), etc.

Ces symptômes ont des rercussions gênantes qui amènent les personnes à recourir à des produits calmants ou excitants (café, tabac, alcool, somnifères, anxiolytiques, etc.)

 

Si la situation stressante se prolonge dans le temps et/ou si elle est très intense, l'organisme s'épuise. Les différents symptômes s'aggravent et/ou se prolongent entraînant des altérations de la santé qui peuvent devenir irréversibles.L'état de stress devient alors permanent,différents symptômes apparaissent tels que l'obésité abdominale, la résistance à l'insuline (qui peut évoluer vers un diabète), l'hypertension artérielle, des perturbations du métabolisme des lipides. Ces perturbations métaboliques sont, en outre, des facteurs de risque pour le système cardiovasculaire, risque accru de maladies coronariennes et même de décès par maladies cardio-vasculaires

 

La dépression et l'anxiété ont été largement explorées dans des situations de stress au travail. Des études ont mis en évidence qu'une forte demande psychologique au travail, associée à une faible latitude décisionnelle et à un faible soutien social au travail (manque d'aide ou de soutien de part des collègues ou des supérieurs), étaient prédictifs de dépression, autant chez les hommes que chez les femmes. Les problèmes d'anxiété sont également plus fréquemment retrouvés en cas de situations stressantes prolongées.

Les troubles musculo-squelettiques du membre supérieur sont de plus en plus souvent rapportés à une combinaison de risques : sollicitations biomécaniques au travail (résultant de mouvements répétitifs), mais aussi manque de soutien social ou insatisfaction dans le travail.

La diminution de la résistance aux infections ou l'apparition de maladies immuno-allergiques telles que l'asthme, la polyarthrite rhumatoïde, le lupus érythémateux et la colite ulcérative ont également été rapportés à des situations stressantes prolongées. Toutefois les mécanismes en jeu ne sont pas clairement identifiés.

D'autres pathologies ont fait l'objet de travaux mais les résultats ne permettent pas de conclusions définitives. Il s'agit de l'ulcère gastro-duodénal, des colites fonctionnelles, du cancer, des désordres hormonaux (de la thyroïde ou des sécrétions androgènes ou oestrogènes) ou de certaines pathologies de la grossesse (prématurité, infertilité).

 

Coût du stress en EUROPE

 

Les répercussions du stress au travail sont en général jugées néfastes pour la santé des travailleurs et coûteuses pour la société, et touchent toutes les catégories de travailleurs.

 

Le coût du stress pour la société dans quelques pays européens;

coût pour la société de tous les problèmes de santé liés au travail: 2,6 à 3,8% de leur PIB, soit 185 à 269 milliards d’euros par an pour l’ensemble des quinze (précédents) Etats membres.Si l’on part de l’hypothèse qu’au moins 10% de ces coûts ont un rapport avec le stress lié au travail, on obtient un coût du stress d’origine professionnelle d’environ 20 milliards d’euros par an.De plus, le stress serait à l’origine de 50 à 60% de l’ensemble des journées de travail perdues.

 

*Au Royaume-Uni, une étude de 1992 estime que la moitié des journées de travail perdues est imputable directement ou indirectement au stress au travail. Cela se traduit par une perte de 180 millions de journées de travail et un coût pour les entreprises de 8 milliards de livres sterling (plus de 11 milliards d'euros) lié au stress dont l'origine est dans les conditions de travail (Sigman, 1992)

*Dans les pays scandinaves, une étude de 1996 montre que les maladies cardio-vasculaires dues au stress (conjonction de fortes exigences et faible autonomie du travail, voir le modèle de Karasek) représentent 4% du coût des accidents du travail et maladies professionnelles. En valeur absolue, la facture s'élevait en 1992 à 177 millions d'euros pour la Suède et 125 millions pour le Danemark (Lunde-Jensen et Levi, 1996).

De prime abord, ces chiffres peuvent sembler relativement modestes, mais ils ne concernent que les maladies imputables à un facteur de stress particulier, il en existe beaucoup d'autres (bruit, travail de nuit,...).

Une autre étude menée en Suisse en 2001 évalue un coût du stress d’origine professionnelle entre 2,9 milliards d’euros et 9,5 milliards d’euros (Ramaciotti et Perriard, 2001). Ces coûts très élevés (pour la fourchette haute) s’expliquent par la méthodologie retenue : l'étude intègre l'ensemble des coûts tangibles et intangibles liés au stress. Ainsi il est demandé à l'individu d'attribuer la valeur, exprimée en unités monétaires, aux souffrances et pertes de bien-être que le stress lui occasionne.

 

Le coût du stress au travail en FRANCE

 

L’étude réalisée en France pour estimer des coûts du stress au travail, pour l’année 2000 (Béjean, Sultan-Taïeb, Trontin, 2004), adopte une démarche similaire à celle retenue pour les pays scandinaves (Lunde-Jensen et Levi, 1996).

Le facteur de risque retenu pour cette estimation française est l’exposition à la situation de « travail surchargé » telle que définie par le modèle de Karasek. Cette situation de travail combine une forte demande psychologique et une faible latitude décisionnelle, engendrant une tension psychologique au travail (job strain).

 

Le croisement des proportions de cas attribuables et des données de coûts pour chaque pathologie permet alors le calcul a minima du coût du stress d’origine professionnelle. Par précaution, les valeurs basses sont systématiquement privilégiées dans le calcul, mais des hypothèses hautes sont également appliquées.

 

Appliqué à la France pour l'année 2000, le modèle montre que, sur une population active de 23,53 millions de personnes, 220 500 à 335 000 personnes (1 % à 1,4 %) sont touchées par une pathologie liée au stress professionnel. Selon les hypothèses posées (basses ou hautes), le coût social du stress au travail est compris entre 830 et 1656 millions d'euros, ce qui équivaut à 10 à 20 % des dépenses de la branche Accidents du travail / Maladies professionnelles de la Sécurité sociale.

 

Aspects législatifs et réglementaires

 

Depuis 1991, en application de la directive-cadre européenne 89/391, la loi définit une obligation générale de sécurité qui incombe au chef d'établissement (article L.230-2 du Code du travail). Cette obligation générale repose sur une approche globale de la prévention des risques professionnels. A l'inverse de l'approche réglementaire qui avait prévalu avant les années 1990, il ne s'agit plus de rechercher la conformité à des obligations précises mais d'obtenir le résultat attendu (garantir la sécurité et la santé physique et mentale des salariés).

 

En France, il n'existe pas de réglementation spécifique à la prévention du stress au travail. Toutefois, sur la base de l'approche globale de la prévention des risques professionnels qui prévaut depuis 1991, l'absence de réglementation particulière relative à un risque spécifique n'induit pas un droit à l'inaction.

 

Pour organiser la prévention du stress en entreprise, le chef d'entreprise peut donc s'appuyer sur les principes généraux de prévention qui peuvent guider son action quels que soient les risques. Parmi ces principes (article L.230-2 du Code du travail), figurent notamment la nécessité : d'adapter le travail à l'homme, en particulier en ce qui concerne la conception des postes de travail, ainsi que le choix des équipements de travail et méthodes de travail et de production, en vue notamment de limiter le travail monotone et le travail cadencé et de réduire les effets de ceux-ci sur l'homme.

de planifier la prévention en y intégrant dans un ensemble cohérent la technique, l'organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales et l'influence des facteurs ambiants, notamment en ce qui concerne les risques liés au harcèlement moral, tel qu'il est défini à l'article L.122-49.

 

Pour mettre en œuvre sa stratégie de prévention, le chef d'établissement doit pouvoir recevoir l'appui et le conseil du service de santé au travail.

 

En dehors des dispositions générales et des réglementations particulières, une autre voie d'action a été explorée. Il s'agit de l'accord cadre européen sur le stress au travail, signé par les partenaires sociaux le 08 octobre 2004. Cet accord attire l'attention sur les risques liés au stress et sur les mesures susceptibles d'être mises en œuvre pour prévenir ces risques. Cet accord engage contractuellement les partenaires mais ne crée aucune obligation réglementaire nouvelle.

 

 

 

Evaluation et prévention du stress: Un cadre général

 

La prévention du stress s'inscrit dans la démarche globale de prévention des risques professionnels (articles L. 230-2 et R 230-1 du code du travail), utilise des méthodes adaptables aux différentes situations des entreprises et nécessite le concours des acteurs de la prévention des risques professionnels, internes et externes à l'entreprise (chef d'entreprise, CHSCT, infirmière du travail, ingénieur de sécurité, médecin du travail, agents de la CRAM, inspecteur du travail, …).

 

 

Des conditions nécessaires: une démarche de prévention du stress au travail peut être mise en œuvre dans une entreprise ou un établissement à partir du moment où un ensemble de conditions vont être réunies ou respectées :

1 l'entreprise (la direction, le CHSCT, …) doit s'engager dans une démarche complète inscrite dans le long terme, afin d'éviter des diagnostics sans suite.

2 il est nécessaire que pré-existe dans l'entreprise ou l'établissement une culture en santé et sécurité au travail.

3 les acteurs de l'entreprise doivent être prêts à remettre en cause leurs modes organisationnels si ceux-ci sont sources de stress.

4 l'ensemble du personnel est informé et impliqué.

5 la création d'un groupe projet, d'une cellule de travail ou de veille dédié(e) à ce risque.

 

 

Combattre le risque à la source, exemples:

Adapter le travail demandé aux capacités et aux ressources des employés (en tenant compte de leur âge, par exemple)

Organiser le travail pour le rendre stimulant et donner l'opportunité au personnel d'utiliser ses compétences

Définir clairement les rôles et les responsabilités de chacun

Donner la possibilité aux employés de participer aux décisions et aux actions de changements qui affecteront leur travail

Améliorer les communications et réduire les incertitudes, par exemple en ce qui concerne les plans de carrière

Permettre l'opportunité d'interactions sociales entre tous les acteurs de l'entreprise

La prévention du stress au travail orientée vers l'amélioration de l'organisation et des conditions de travail a des effets durables, contrairement aux actions centrées sur le renforcement des résistances de l'individu (cf. ci-dessous).

Renforcer la résistance au stress des salariés par

- des techniques de développement personnel (relaxation et de ré-évaluation cognitive, psychothérapie cognitive)

- des formations spécifiques pour gérer des relations avec le public.

Ces techniques de développement personnel et les formations à la gestion des conflits sont efficaces pour les professionnels particulièrement exposés à des situations de tension (ex : contact direct et permanent avec le public ; métiers de la santé ou du travail social au contact de la mort et de la maladie). Elles fournissent rapidement aux professionnels des "armes" pour lutter contre leur stress. Leur mise en place s'intègre en général au plan de formation de l'entreprise, ce qui est simple, flexible, peu coûteux, et non perturbant pour l'organisation.

 

Il faut aussi s'attaquer  aux sources du problème, si l'on veut que les effets bénéfiques  se maintiennent dans le temps.

 

Prendre en charge les salariés en souffrance d'un point de vue médical et/ou psychologique des personnes qui souffrent déjà de problèmes de santé dus au stress et qui ne sont plus en mesure de faire face aux contraintes imposées par leur travail. Indispensable et premier dans certains cas, ce type de réponse est loin d'être suffisant. Il doit déboucher sur une réflexion concernant les sources de stress : pourquoi telle personne en est-elle arrivée là ? Son état s'explique-t-il seulement par une fragilité personnelle ? D'autres personnes de son entourage professionnel présentent-elles les mêmes difficultés, même moins exacerbées ? Peut-on établir un lien entre ces difficultés et les conditions de travail ? Etc.

 

 

Les principales étapes d'une démarche de prévention du stress

 

L'émergence d'un projet de prévention du stress dans une entreprise peut relever d'une démarche volontaire de celle-ci ou être suscitée par des acteurs de la prévention externes à l'entreprise.

 

Côté entreprise, le projet peut naître à l'occasion de sa démarche d'évaluation des risques professionnels, du débat social autour des conditions de travail ou de l'apparition de situations préoccupantes : suspicion de harcèlement, suicides, violences entre salariés ou de la part du public, épidémie de troubles musculo-squelettiques, retards, "démotivation du personnel", absentéisme", …

 

Côté acteurs de prévention externes (préventeurs institutionnels), un tel projet émergera si ces préventeurs repèrent des dysfonctionnements tels que ceux évoqués précédemment (suspicion de harcèlement, suicides, violences entre salariés ou de la part du public, etc.) qui sont de véritables signaux d'alerte d'une situation dégradée.

 

Une fois le projet décidé, la démarche de prévention du stress doit suivre un certain nombre d'étapes. Sur le plan théorique, ces étapes sont nettement séparées les unes des autres, mais dans la pratique elles peuvent se chevaucher, fusionner, … L'enchaînement de ces étapes décrit une démarche de prévention "idéale", pas toujours applicable pas à pas, mais donnant des points de repères importants.

 

Selon l'ampleur et/ou la gravité de la situation, le recours à un intervenant extérieur (institutionnel ou privé) peut être jugé nécessaire. Son intervention peut être limitée à certaines étapes (diagnostic, évaluation) ou concernée l'ensemble de la démarche.

 

Première étape : pré-diagnostic ou analyse de la situation

L'entreprise qui souhaite s'engager dans une action de prévention, sans recours à une aide extérieure, peut établir un pré-diagnostic en s'appuyant sur un certain nombre d’informations à sa disposition. Ce sont des données qui concernent son fonctionnement ou la santé de ses salariés et qu’elle peut mobiliser assez facilement et rapidement auprès des services ad hoc. Elles ne nécessitent pas d'investigations particulières.

 

Concernant l'entreprise, les données portent sur des indicateurs : organisationnels (absentéisme, turnover, faible respect des horaires, problèmes disciplinaires, intimidations, grèves, …)

de production (quantité, qualité, rebus, …)

économiques (cotisations accidents du travail et maladies professionnelles …)

 

Concernant les salariés, les données recueillies par le service de santé au travail sont présentées sous forme "d'indicateurs de santé".

 

Si ces indicateurs sont dégradés, ils seront les déclencheurs de l'action ; ils pourront être suivis tout au long de la démarche et permettre d'évaluer les bénéfices de l'action.

 

Si l'entreprise décide de faire appel à des préventeurs institutionnels ou à des cabinets conseil pour la guider dans sa démarche, ceux-ci commencent par analyser la situation dans son ensemble.

 

En effet, sauf exception, les attentes des différents acteurs de l'entreprise se présentent de façon complexe voire confuse avec d'importants décalages ; les représentations sont tranchées, contradictoires et fortement empreintes d'émotions diverses. De plus, les problèmes évoqués ne traduisent souvent que partiellement la situation réelle. L'intervenant doit alors détecter la nature des autres dysfonctionnements et replacer ceux qui lui ont été soumis dans un contexte plus large. Pour ce faire, il pourra s'appuyer sur les indicateurs de dysfonctionnement ou de mauvaise santé évoqués précédemment dans le cadre du pré-diagnostic. Cette étape de détection des enjeux des différents acteurs de l'entreprise et de l'ensemble de la situation est capitale : L'intervenant a un rôle d'aide ; il ne doit pas se contenter de "livrer un produit" à un client qui a passé commande sans analyser en détail la situation-problème qui a incité l'entreprise à solliciter son concours.

C'est à cette étape que se révèlent ou non les conditions nécessaires pour l'intervention (cf. plus haut).

 

Dès cette étape de pré-diagnostic ou d'analyse de la situation, des actions sont susceptibles d'être mises en œuvre pour des personnes en souffrance qui auraient besoin d'être prises en charge rapidement. Elle peut également donner lieu à des préconisations de prévention. Par exemple, si elle fait apparaître que des dysfonctionnements sont en partie liés au travail de nuit, il faudra se référer aux dispositions réglementaires concernant le travail de nuit.

 

Selon les résultats de cette première étape, la démarche sera poursuivie ou stoppée, si les conditions nécessaires ne sont pas réunies ou garanties.

 

Deuxième étape : mise en place d'un projet spécifique

Au delà d'une réponse d'urgence (prise en charge médicale et thérapeutique) ou de l'application de textes réglementaires, la prévention du stress au travail peut nécessiter la mise en place d'un projet spécifique.

 

Avant tout, il est recommandé de constituer en interne un "groupe projet". Globalement, il aura pour mission d'impliquer l'ensemble des acteurs de l'entreprise en les informant, de guider le choix et la mise en forme des outils d'investigations, d'aider les intervenants extérieurs dans l'analyse des informations recueillies, de participer à la formulation de pistes d'actions, d'assurer le suivi des actions et leur évaluation. Ce faisant, le groupe projet sera sensibilisé aux méthodes d'investigations psychosociales, il se forgera progressivement sa propre expérience, sa propre expertise … pour devenir par la suite plus autonome dans la prévention du stress, et plus généralement dans celle des risques d'origine psychosociale.

 

Sa composition est variable selon la taille et la structure de l'entreprise, mais il doit être représentatif de l'ensemble des salariés concernés par le projet. Les membres de ce groupe doivent être crédibles et respectés par leurs pairs. Ils doivent également avoir des compétences en communication, pour le travail en équipe et bien connaître la structure dans laquelle ils travaillent.

 

Les missions et rôles de ce groupe projet seront clairement définis et communiqués à l'ensemble du personnel.

 

Troisième étape : diagnostic approfondi

Le diagnostic de stress dans une entreprise s'appuie d'une part sur les données mobilisables dans l'entreprise et d'autre part sur des investigations plus poussées spécifiquement mises en œuvre dans le cadre de la démarche de prévention. Il a pour objectif d'identifier les sources de stress, d'expliquer pourquoi un certain nombre "d'indicateurs passent au rouge".

 

Ces investigations seront guidées par les étapes précédentes. Différentes méthodes peuvent être utilisées : observations de l'environnement et des conditions de travail, entretiens individuels ou de groupe, groupes de discussion, questionnaires portant sur la perception des conditions de travail, du stress, de la santé et de la satisfaction au travail.

 

Pour garantir la neutralité du diagnostic et sa crédibilité vis-à-vis de tous les acteurs de l'entreprise, le recours à un intervenant extérieur (institutionnel ou privé) peut être nécessaire. Un diagnostic en interne est néanmoins possible si les membres du groupe projet en sont d'accord.

 

Quatrième étape : Restitution des résultats

Une fois les analyses effectuées, avec l'implication et l'éclairage du groupe projet, les résultats sont communiqués aux différents acteurs de l'entreprise. Il est important de souligner que la démarche de prévention du stress ne s'arrête pas là. Ces résultats doivent être validés, appropriés et traduits par les différents acteurs de l'entreprise en plan d'action.

 

Cinquième étape : Elaboration et mise en œuvre d'un plan d'action

A la suite du diagnostic, le groupe projet arrêtera, sur la base des restitutions aux différents acteurs, un ou des plans d'action, suivant trois niveaux décroissants de priorité : (1) l'élimination du risque, (2) l'isolement du risque ou (3) la réduction du risque.

 

Souvent mentionnée dans la littérature mais peu détaillée, la mise en œuvre du plan d'action est pourtant une étape à part entière de la démarche de prévention.

 

Cette étape doit faire l'objet d'une communication particulière (réunions, présentations, lettre d'information, discussions informelles, …) voire régulière.

 

Sixième étape : Evaluation de l'action et suivi

Pour être complète, la démarche doit inclure l'évaluation des actions menées et le suivi du plan d'action (notamment par le contrôle d'indicateurs "avant-après"). Cette évaluation permet de ré-ajuster la démarche dans une optique d'amélioration continue. Comme pour le diagnostic, l'évaluation peut nécessiter, pour les mêmes raisons d'impartialité et de crédibilité, le recours à un intervenant extérieur. L'évaluation peut se heurter à des obstacles spécifiques à sa mise en œuvre : évolution rapide des entreprises, turnover du groupe projet ou des salariés, coût, etc.

 

Si l'on s'inscrit dans le long terme, l'enjeu de la mise en place d'un projet spécifique de prévention du stress est moins lié aux solutions mises en place qu'à la construction d'une capacité collective à prendre en charge, dans la durée, la prévention du stress dans l'entreprise et plus largement des problèmes d'origine psychosociale. En effet, l'intervenant extérieur (s'il a été sollicité) ne reste pas indéfiniment dans l'entreprise ; il doit faire en sorte que celle-ci puisse s'approprier les résultats et pérenniser cette dynamique de travail (cf. la mise en place du projet). A terme, l'objectif est de faire en sorte que la prévention du stress et des problèmes d'origine psychosociale fasse partie intégrante de la démarche de prévention des risques professionnels dans l'entreprise.

 

 

 

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Vendredi 26 octobre 2007 5 26 /10 /Oct /2007 14:22

 Pour compléter l'article sur la mort et l'enfant, un texte de Geneviève Manent:

Traverser la souffrance des séparations et prendre soin de soi. (Extrait d’un article de Geneviève Manent, Relaxologue)

Vous pouvez retrouver ce textes sur l'excellent site:    www.news.manent.tk

 

 

L’expérience du deuil fragilise

 

 

 

 

 

 

Peut-on comparer son processus à celui de la guérison d’une blessure, par exemple une jambe cassée ? Il y a tout d’abord le choc, la douleur intense, puis la pose d’un plâtre pour protéger et le besoin de repos. Ensuite le plâtre de marche permettra une reprise progressive des déplacements mais avec une aide. Et enfin avec la rééducation, la personne retrouvera son autonomie et ses pleines capacités mais une fragilité demeure à l’intérieur même si la blessure n’est pas apparente

 

La personne est touchée dans son corps. Mais la souffrance morale l’éloigne du soin à lui apporter. Les respirations, étirements, marches régénérantes proposent de se ré-apprivoiser, de sentir que la vie est encore là malgré la douleur et la sensation de vide.

 

 

 

--des exercices sensoriels apaisent les pensées obsédantes, les « idées fixes ». D’autres approches corporelles soulagent l’angoisse. D’une manière générale, il s’agit de repérer les besoins du corps et d’adapter les outils qui apportent un soulagement.

 

 

 

Ce ne sera jamais plus pareil mais une restauration est envisageable.

 

En effet, au début, tout semble se dérégler : le choc, l’anesthésie émotionnelle et son impact sur les organes et les viscères, l’asthénie, les dysfonctionnements du sommeil, de l’appétit sont autant de manifestations de la souffrance dans le corps.

 

-- La relaxation (état alpha et visualisation) ouvrent des possibilités de mieux être. Elle stimule les défenses immunitaires affaiblies. Le cerveau émotionnel possède des mécanismes naturels d’auto-guérison.

 

Tout ce qui stimule le bien-être est déclencheur d’endorphines, les “ hormones du bonheur ” dont les effets sont proches de l’opium.

 

 

 

“ Ce sont de petites molécules secrétées par le cerveau et qui ressemblent beaucoup à  l’opiumet à ses dérivés…Le cerveau émotionnel contient de multiples récepteurs pour les endorphines et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle il est si sensible à l'opium qui donne immédiatement une sensation diffuse de bien être et de satisfaction .l'opium est même l’antidote le plus fort qui soit contre la douleur de la séparation ou du deuil’’.

 

 

 --L’état alpha crée des ponts entre le conscient et l’inconscient. En relaxation, la personne en deuil peut être confrontée à des images dures ou des souvenirs heureux (mais qui génèrent des larmes). Mais comme elle se trouve dans un contexte de sécurité et de confiance, elle peut progresser dans le travail intrapsychique de deuil et intégrer davantage la réalité de la perte et de l’absence. De même, elle pourra plus facilement aborder les tensions entre les énergies contradictoires qui l’assaillent : - désir de vivre et/ou envie de mourir. – se montrer forte alors/ qu’elle se sent fragile, peur du monde, d‘aller en société et/besoin de se sentir entourée-

 

 

 

--La visualisation apporte souvent un apaisement grâce à l’intégration des contraires.

 

 

 

En résumé :

 

 

 

-Reprendre contact avec son corps permet de se sentir exister

 

 

 

Témoignage :

 

 

 

« J’ai retrouvé une énergie et une légèreté, je suis libérée du poids de la culpabilité »*

 

 

 

 

 

 

 

-L’état de relaxation et la visualisation favorisent la traversée des émotions et la prise de recul : chacun peut retrouver en soi des ressources cachées. Une fois découvertes, elles serviront de tremplin et de repères pour continuer le chemin vers l’acceptation.

 

Un jeune veuf disait « cela m’a permis d’accepter l’inacceptable »

 

Comment cela fonctionne ?

 

 

 

La certitude d’exister s’enracine dans le corps et dans les sensations. La relaxation relie la personne à sa propre expérience : tout en libérant l’imaginaire elle la rattache à ses racines et à sa structure. Le passage d’une réalité concrète et palpable (je sens) à une réalité mentale (j’évoque - je me représente) puis imaginaire (données subjectives) débouchent sur une élaboration du vécu et une nouvelle capacité d’appréhension des événements.

 

 

 

La relaxation crée un contexte de sécurité et de confiance : à l’écoute de son corps, la personne apprend à faire le lien entre ses sensations, ses émotions, ses sentiments. La connaissance d’elle même passe par la rencontre d’une expérience vécue et ressentie et d’une prise de conscience qui permet de nommer et de comprendre.

 

 

 

Alors la dimension symbolique apparaît. En ce sens, la relaxation devient le plus souvent un véritable révélateur pour l’être.

 

 

 

« J’existe encore, la vie vaut la peine d’être vécue. Le deuil est un passage obligé. L’essentiel est que je sache moi, que c’est normal. J’ai envie de partager, d’aider les autres ».*

 

 

 

En conclusion, la prise en compte des mécanismes d’autorégulation et d’auto-guérison de la personne implique l’ensemble de l’être. La relaxation participe à la restauration de tous les plans : physique, psychique, émotionnel, créatif et spirituel.

 

 

 

Selon la nature de la perte, la blessure est toujours là ou du moins la cicatrice mais la vie peut rejaillir comme le printemps après l’hiver.

 

 

 

Comme le prouvent ces témoignages, les personnes accompagnées peuvent ressortir grandies et plus fortes qu’avant.

 

 

 

« J’ai relativisé mon histoire »

 

 

 

«Je ressens une transformation profonde, une remise en ordre dans ma vie. Je pense être sur le chemin pour retrouver la paix »*

 

 

 

 

Par Kerdraon - Publié dans : sophrorelax
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Jeudi 25 octobre 2007 4 25 /10 /Oct /2007 08:18

 Extrait d'un article "les valeurs" site "philosophie et spiritualité"    http://sergecar.club.fr/

La primauté des valeurs 
    La crise de notre époque actuelle, dit-on, est une crise de nos valeurs. Quand plus rien ne semble avoir de sens, c’est que nos valeurs sont à la dérive et ont cessé de faire l’unanimité. L’intégrisme fait front sur la déliquescence des valeurs et prône un retour à la lettre des Ecritures sacrées pour une restauration des valeurs à partir du religieux. Le civisme commande le respect des valeurs humaines, mais c’est à peine si l’éducation civique parvient à assurer la transmission des valeurs qui sont celles de la laïcité. Le phénomène de perte des valeurs est lisible dans la perte des repères dont souffre la jeunesse. La consommation de masse, en véhiculant une image publicitaire de l’humain, n’assure pas de transmission de valeurs. Elle est un culte de l’image de marque et une glorification du spectaculaire, de l’immédiat et de l’éphémère, qui contribue au sens diffus de déracinement.

    Nous vivons dans les décombres d’une déconstruction des valeurs entamée dans le XXième siècle, sous les coups de boutoirs de toute une série de remises en cause.     Nous en sommes là, à employer le mot « valeur » pour essayer de laborieusement fixer ce qui pour nous a une importance, ce à quoi nous tenons par-dessus tout et qu’il ne faudrait pas lâcher. Mais il faut avouer que le terme de valeur est assez flou. On a toujours l’impression d’être dans le vague quand on en parle. C’est d’avantage un concept opératoire dans des champs différents de connaissance, qu’une idée précise. Qu’est-ce qu’une valeur ? Qu’est-ce qui la différencie d’une norme sociale ? Toute valeur est-elle avant tout morale ? Peut-on parler de valeur en dehors du domaine de la morale ? Une valeur vaut-elle par elle-même, ou par référence à un idéal qui permettrait de la fonder ? La valeur est-elle d’essence religieuse ? Sociale ? Politique ?

A. La classification des valeurs
    Partons d’une définition simple : une valeur est ce qui fait l’objet d’une préférence, ce qui est estimé, préféré ou désiré par un groupe de sujets déterminés. Par exemple, pour un aristocrate, la noblesse constitue une très haute valeur. Toute valeur, de ce point de vue, est sociale. Il n’y a pas de valeur strictement individuelle et les jugements de valeur ont un caractère collectif. En disant : "un groupe de sujets déterminé", nous voulons préciser ici que les valeurs peuvent aussi être discutées et même parfois rejetées, et sont en tout cas différentes d’un groupe social à un autre. C’est d’ailleurs une manière de se situer au sein d’une entité collective, en rejetant une autre entité : « nous n’avons pas les mêmes valeurs eux et nous !».(texte)

    Si on tente une classification approximative, on peut marquer les distinctions suivantes en faisant la différence entre les :


a) Valeurs économiques :

    La réussite sociale, est une valeur partagée par les américains. La préférence avouée


en faveur du gain, du profit, et de l’argent en font des valeurs. Ce type de valeur est très visiblement une valeur matérielle. Le financier manie cette valeur, l'économiste l’étudie. Pour la préciser, l’économie, avec Adam Smith, a marqué une distinction entre la valeur d’usage et valeur d’échange. L'objet d’étude spécifique de l’économiste est avant tout d’expliquer comment s'établit un prix sur un marché. Pour résoudre ce problème, il doit définir l'essence de la valeur économique des choses. Il distingue donc valeur d'usage et valeur d'échange et distingue ce qui est dû, dans la constitution de la valeur, à la matière première, au travail humain, au rapport de l'offre et de la demande. Il est important de noter que dans le contexte postmoderne qui est le nôtre, un glissement de sens très important s’est effectué en faveur de cette définition de la valeur. Notre matérialisme ambiant se reconnaît en ce que le mot même de valeur dans l’opinion évoque immédiatement l’argent. Il est patent que l’argent est notre première valeur et il est implicite que nous croyons que c’est justement avec de l’argent que l’on peut obtenir les autres valeurs. Personne n’ose le dit haut et fort, mais c’est bien ce que pense la plupart d’entre nous et c’est ce que globalement la société de consommation propose. Le luxe, la richesse sont des valeurs qui en sont la conséquence.

    Nous pouvons aussi noter que ces valeurs sont marquées par une logique de la dualité. Rigoureusement parlant, les termes sont duels : luxe/austérité, richesse/pauvreté, gain/perte, réussite sociale/échec social, abondance/misère etc.


b) Valeurs vitales:

    Quand on interroge le public pour savoir quelles sont les valeurs les plus importantes, parmi les premières à être citées, il y a bien sûr la santé. Il est assez étonnant de remarquer que le mot français valeur dérive en fait du latin valere où ce terme est un verbe qui veut dire, entre autre, « être bien portant ». Les auteurs latins terminaient leurs lettres par des formules du genre Si vales, bene est (si tu te portes bien, c'est bien) ou encore, Si vales, gaude (si tu te portes bien, je me réjouis).

    La santé est une valeur qui se rattache au plan du vital en nous, elle est liée à une valeur centrale qui est la vie. Nous avons construit autour de la valeur santé d’énormes institutions, des corps de métiers, une spécialisation et des compétences. Notre préoccupation pour la santé a une importance qui dépasse le cadre des institutions officielles, témoin l’énorme activité des médecines parallèles et l’intérêt général pour tout ce qui touche à la valeur bien-être ; témoin l’engouement collectif, le culte qui entoure le sport et toutes les disciplines corporelles. Nous sommes dans une époque postmoderne et la valeur centrale entre toutes est le plaisir. Valeur vitale par excellence, celle du plaisir sexuel, des plaisirs de la table, du jeu et des émotions fortes etc. Il est inutile de développer ce point. Il suffit de jeter un regard par la fenêtre pour lire les publicités. On peut même se demander à juste titre si dans notre monde, le plaisir vital n’est pas devenu l’unique valeur.

    Par ailleurs, notre attachement à la valeur vie se traduit aussi par la virulence des polémiques autour de sa remise en cause : l’euthanasie, le rejet du suicide, l’horreur de la mort, la révolte contre la guerre, le rejet de la douleur, des mutilations, de la torture etc.

    A la valeur vie est aussi liée en grande partie notre souci du respect de la Nature, du respect de l’environnement. Nous savons que notre existence et celle de la vie en général sont inséparables. Comme dans la catégorie précédente, la dualité opère et il faudrait prendre ensemble les concepts vie/mort. A chaque fois que nous semble remise en cause la valeur vie, nous parlons de comportements morbides, de la négation par la mort.


c) Valeurs morales

    « La valeur n’attend pas le nombre des années » dit Corneille. Un homme peut manifester de la grandeur, de l’honnêteté, de la droiture, de la véracité, un courage, un sens


élevé de la responsabilité, etc. sans que l’expérience en soit le fruit. Nous reconnaissons collectivement dans ces vertus des valeurs qui méritent notre respect. On ne parle plus des vertus. On parle surtout des valeurs morales. C’est toute la différence entre Aristote et nous. Nous disons de celui qui manifeste de grandes qualités morales qu’il a un certain « sens des valeurs ». Le code moral de la chevalerie, le code d’honneur des samouraïs, la chartre des compagnons du devoir, supposent l’attachement a des valeurs morales. Il est entendu ici que les valeurs sont enveloppées dans un idéal commun. On voit la différence avec la catégorie précédente en ce que la valeur implique ici une pureté d’intention, une générosité, un don de soi qui se situe à l’opposé de la valeur économique. Le don n’est pas l’échange. Celui qui vient incarner une valeur se donne à elle et ne se situe pas dans le contexte de ce qui peut s’acheter et se vendre. La différence est tellement nette que justement on attend d’un responsable d’entreprise qu’il ait les qualités morales nécessaires et pas seulement une compétence dans son métier. Ce qu’attend un chef d’entreprise qui embauche, c’est non seulement une efficacité pratique, mais aussi des qualités morales qui puissent justifier sa confiance dans son employé.

    On peut dans cette catégorie ajouter les valeurs morales qui ont une dimension politique forte : la liberté,l’égalité, la fraternité, la solidarité, la suprématie du droit etc.

    Enfin, c’est aux valeurs morales que se rattachent les valeurs religieuses. Il est évident que le croyant fait sienne certaines valeurs qu’il considère comme la spécificité de sa religion et c’est par là qu’il a souvent tendance à s’opposer à la spécificité des autres religions. Les valeurs religieuses ne constituent pas en fait une catégorie à part, mais une manière de fonder les valeurs morales différemment, en les appuyant sur une autorité incontestable. Celle du texte sacré, celle de Dieu.

    Les valeurs morales sont très marquées par la dualité, car il est sous-entendu en chacune une opposition bien/mal. Il y valeur/non-valeur, vertu/vice, courage/lâcheté, honnêteté/malhonnêteté, véracité/mensonge, responsabilité/irresponsabilité, liberté/servitude, égalité/inégalité, etc.


d) Valeurs esthétiques :

    Parce que nous sommes la plupart du temps englouti dans la considération des valeurs économiques, nous avons tendance, par réaction, à souligner ce qui dépasse la trivialité de nos valeurs matérielles. C’est alors vers l’art que nous nous tournons pour montrer que notre civilisation ne vaudrait guère son content de peine et de misère, si l’art n’était pas là pour racheter notre existence. Comme le dit Giono, l’homme a besoin de s’entourer de beauté, tout autant qu’il a besoin de pourvoir à sa propre survie. Nous entourons les musées de vénération et ils sont de fait devenu les temples de notre dernière spiritualité. Nous ne visitons plus un cathédrale parce qu’elle est la maison du seigneur, mais parce qu’elle est un monument qui vaut pour sa beauté esthétique. Nous souhaitons que nos enfants trouvent le goût du commerce des grands écrivains. Nous voudrions leur faire partager notre amour de la musique. Nous attendons de l’art qu’il élève l’homme intérieur et le sorte de sa brutalité ordinaire. Le sublime de Shakespeare, la naïveté et le charme d’Homère, la perfection de Bach, méritent largement que l’on consacre sa vie à vouloir les communiquer. Ce sont des valeurs plus éternelles que les séductions passagères des modes. Nous admettons que l’enseignement artistique a toute sa place dans l’éducation et il nous semblerait très inquiétant de le voir disparaître. Nous ne voyons pas comment un être humain pourrait être réellement développé sans le raffinement de la culture et tout particulièrement de la culture esthétique.

    Les valeurs esthétiques ne sont pas soumises à une emprise de la pensée duelle aussi forte que les valeurs morale. Le sens esthétique est justement tout en nuance. Seul un esprit inculte tranche brutalement devant une œuvre d’art en disant c’est beau/c’est moche. Une sensibilité éveillée ne dirait jamais cela. Il en est de même pour tout ce qui relève des sentiments esthétiques les plus raffinés.


e) Valeurs intellectuelles :

    Notre époque parle dans le langage de la science, comme d’autres époques ont parlé dans le langage de la philosophie ou dans le langage de la religion. S’il est une chose qui pour nous a une valeur suprême, c’est bien la pensée. La culture occidentale est avant tout une culture intellectuelle. Une culture qui est aussi marquée, depuis la modernité, par l’approche objective de la connaissance que constitue la science. De fait, la vérité, la clarté, la rigueur, la cohérence logique, la fécondité intellectuelle, l’objectivité, par exemple, sont effectivement des valeurs auxquelles nous tenons et pas seulement des exigences formelles. Notre éducation est un héritage de la Modernité et des valeurs intellectuelles qu’elle nous a laissé. Certes, il ne fait pas bon, dans un monde postmoderne, de mettre en avant des exigences intellectuelles très élevées. C’est en contradiction avec l’air du temps. Cependant, - cela fait partie de notre inconséquence - de fait, il faut bien remarquer que c’est exactement par ce moyen que nous pratiquons la sélection des meilleurs. Se servir des mathématiques comme d’outil de sélection n’est pas seulement une question de facilité (la correction d’un devoir de mathématiques a une réputation d’objectivité), mais c’est un choix qui vient de ce que nous privilégions avant tout les valeurs intellectuelles, sous leur aspect le plus formel. Platon avait mis au fronton de l’Académie « nul n’entre ici s’il n’est géomètre », mais il accordait aussi une grande importance à la culture physique et esthétique. Il évoque dans le Philèbe.


l’importance de la vie mixte, ce qui ne fait pas de l’élan de la philosophie une ascèse. Platon plaçait au sommet du développement de l’humain le développement de l’intuition, l’art du raisonnement en vue l’acquisition de la sagesse. Nous autres, nous n’avons que faire de la sagesse, nous attachons surtout de l’importance au calcul, à la gestion, à l’organisation. Personne ne songerait aujourd’hui à tester la culture, la finesse de la pensée d’un candidat à une institution, par une dissertation de philosophie. Il nous semble normal de sélectionner les futurs médecins par des épreuves de mathématiques.

    Nous sommes attachés aux acquis de la physique, aux prodiges de la génétique, aux développements de l’histoire et des sciences sociales. Nous sommes fiers de notre histoire intellectuelle. Ce serait un retour à la barbarie que d’y renoncer. Ce que nous souhaitons, c’est qu’il soit largement vulgarisé. Ce que nous souhaitons aussi, c’est que notre technique ne produise pas de désastre et qu’un supplément d’âme couronne notre savoir. Ce qui est une timide concession à l’espoir que notre savoir puisse servir à plus de sagesse et à moins de folie.

    Remarquons que les valeurs intellectuelles sont aussi soumises à la dualité et qu’il est très facile de les convertir en jugements moraux. Vérité/erreur, clarté/obscurité, cohérence/incohérence, objectivité/subjectivité savoir/ignorance, science/non-science etc. invitent une logique duelle et le passage de la discussion à la dispute.


f) Valeurs affectives :

    Le petit meuble qui m’a été volé et que je tenais de ma grand-mère, j’y tenais. Vendu aux puces, il n’aurait pas rapporté grand-chose. Sa valeur n’était économique mais affective. Je tiens à la bague de ma mère, pour tous les souvenirs qui sont associés à cet objet, même si personne ne comprend que je puisse à ce point y être attaché. La valeur affective de l’attachement s’enracine dans la subjectivité pure : celle de l’ego et de ses appartenances, dans le contexte de ce à quoi je suis attaché. Mais les valeurs affectives sont aussi ce que nous partageons dans une culture. Il est clair que le concept de nation par exemple n’aurait aucun contenu si on lui enlevait les valeurs affectives qui lui sont liées. Nous ne pouvons comprendre un peuple, sans comprendre les valeurs affectives auquel il est attaché. Un anglais est anglais en vertu d’une fierté qui enveloppe une histoire insulaire, il ne se sent pas continental, il a un british sense des relations, d’une approche pragmatique des problèmes,de l’humour, de la référence à sa royauté etc. Un indien reste indien par son attachement aux valeurs spirituelles, fier d’une tradition plusieurs fois millénaire qui reçoit la diversité des religions comme allant de soi, avec des autorités qui restent proche de son cœur. L’italien est bien plus attaché à la valeur famille que le français. Nous sommes donc bien ici sur un terrain de valeurs affectives.

La première de toutes les valeurs que l’on nomme c’est l’amour. L’amitié, le bonheur, la compassion sont des valeurs liée à l’affectivité auxquelles nous tenons par-dessus tout. Il est très difficile de préciser le contenu d’une valeur affective. Elle parle davantage au cœur qu’à l’intellect, mais elle commande aussi de manière plus forte et plus impérative. Les sociologues font remarquer que, dans la déliquescence des valeurs qui caractérise notre temps, il en est cependant une qui résiste tout et c’est l’amour. On l’a dit, jusque dans la mièvrerie la plus insipide, sans la valeur de l’amour, la vie se trouve privée de son sens et inversement, quand la valeur de l’amour est vivante, la vie s’épanouit dans la grandeur.

    Les valeurs affectives ne sont pas rationnelles. Au niveau le plus élémentaire de l’expérience humaine, elles sont marquées par la dualité : attachement/haine, bonheur/malheur, amitié/inimitié, sensibilité/insensibilité etc.


    Le jeu de la dualité dans le désir/aversion joue dans l’appréciation des valeurs. Ce qui est considéré comme une valeur par les uns, peut être considéré comme non-valeur par les autres, ou au moins être complètement relativisé . Les valeurs font l’objet de préférences personnelles, préférences qui peuvent être partagées par d’autres individus, mais sans recouper des communautés très précises. Ce qui change, c’est surtout la hiérarchisation des valeurs (texte) et en elles les préférences. Comme l’a très bien montré Shri Aurobindo, dans Le Cycle humain, on reconnaît l’homme-vital, à ce qu’il met au sommet de l’échelle des valeurs la réussite sociale et le profit, et en bas les valeurs esthétique et intellectuelles. L’homme-mental place au sommet les valeurs intellectuelles et les valeurs esthétique et en dessous, les valeurs économiques. L’homme-éthique porte au sommet de l’échelle des valeurs, les valeurs morales. La prévalence qu'il accorde par exemple à la responsabilité, à l'honnêteté ou à l'instruction l'oppose à la hiérarchie spontanée que construirait l'homme-vital.  Nos jugements de valeur font donc toujours référence à une échelle des valeurs qui est le reflet de ce que nous sommes Collectivement, les systèmes de valeurs sont des constructions complexes dont la géométrie est variable, à la fois dans l’espace (différence culturelle), dans le temps (différence historique). Ils sont changeants et ne font pas l’objet d’une unanimité, et cependant, ils ne sont jamais neutres. Ils requièrent de la part du sujet une implication affective et un appel direct à la sincérité. Nous pouvons avoir des opinions flottantes sur à peu près n’importe quoi et en changer comme de chemise ; par contre, sur le plan des valeurs, notre implication personnelle est bien plus ferme et assurée.

B. Crise et renversement des valeurs
    Nous tenons à nos valeurs, nous savons faire preuve de rectitude, de constance, de fidélité envers nos valeurs. Nous disons que les valeurs donnent un sens à la vie ; les valeurs sont ce par quoi la vie prend un sens. Si les valeurs donnent un sens, la perte des valeurs est donc la perte du sens. Est-ce à dire que la vie n’a pas de sens par elle-même ? Les valeurs que l’on donne à la vie n’ont-elles aucun rapport avec elle ? Ou encore, n’est-ce pas parce qu’elles finissent par ne plus avoir de rapport avec la vie que les valeurs entrent en crise ?


    1) Leibniz posait la question « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ». Nous avons vu que Jonas, dans le Principe Responsabilité, répondait en disant que puisqu’il y a de l’être, il y a aussitôt une responsabilité à l’égard de ce qui est. Qu’il y ait de l’être implique, pour l’homme qui en a la garde, un devoir-être qui soutient, protège, promeut ce qui est dans la continuité du futur. Ce qui n’existe pas n’élève pas de revendication : « la revendication d’être commence avec l’être ». Or « toute vie revendique de vivre et peut être est-ce là un droit qu’il faut respecter ». C’est dans cette perspective ontologique que se situent toutes nos valeurs. Ce que Jonas entreprend de montrer, dans le cadre d’une ontologie qui opère un retour à Aristote, c’est qu’en un sens très précis, la Nature promeut déjà des valeurs. La Nature promeut des fins, cherche sa propre expansion et sa tendance naturelle la porte vers la promotion de la vie. « La nature cultive des valeurs, puisqu’elle cultive des fins et que donc elle est tout sauf libre de valeurs ». L’être se veut lui-même et la puissance par laquelle l’être se veut lui-même n’est rien d’autre que la Vie. La Vie se veut elle-même antérieurement à toutes les raisons que nous pouvons lui donner, car ce vouloir de soi est précisément son essence la plus intime. La Vie est la Valeur des valeurs. (texte)

    Cependant, dans la représentation humaine, la fin est consciente et intentionnelle. Loin de se situer au cœur du vouloir le plus intime de la vie, en deçà de toute pensée, la fin, telle que l’homme se la propose, est posée par la pensée dans la représentation. La re-présentation est une présentation seconde, par rapport au surgissement premier de l’Être. Aussi, le sens de vie est-il celui que nous choisissons de lui donner, celui que nous voulons créer. Un système de valeurs n’est rien d’autre que la configuration conceptuelle de la manière dont nous représentons ce qui pour nous a sens.(texte)

    Cependant, devant la vie, tous les systèmes de valeurs ne sont pas équivalents, de même, si toutes les créations de l’art sont artificielles, toutes ne sont pas pour autant grandioses. Notre représentation peut de ce fait donner naissance à des systèmes de valeurs qui en viennent justement à dénier toute valeur à ce qui est, ou à ramener la question de Leibniz à une réponse brutale : il vaudrait mieux qu’il n’y ait rien plutôt que quelque chose. Telle est la quintessence de ce que l’on appelle le nihilisme. Le choix du néant contre l’être.


    2) Pourquoi choisirait-on le néant contre l’être ? Le nihiliste, par-devers lui pense ceci : parce que mesuré à la hauteur de nos désirs, l’être se révèle insatisfaisant, décevant et imparfait, parce que le monde est désespérément fini, que l’histoire ne semble mener nulle part, que notre savoir est pauvre et limité, parce que l’homme est imparfait. C’est donc que la « perfection » n’est pas de ce monde. Si le sens ne nous est pas « donné », tout sens n’est peut être qu’une illusion et une illusion qui doit être détruite. Plutôt rien que quelque chose d’imparfait. Comme le dit Jonas, on n’a encore « rien soustrait au nihiliste » en se contentant de dire qu’il y en ce monde le désir et la jouissance, l’attirance et la répulsion,


l’espoir et la crainte, les choses désirées et les choses non-désirées. Il pourra toujours rétorquer que l’existence est un drame pénible qui n’en vaut pas la peine et à ce compte, le néant serait plutôt une délivrance. (texte)

Quand une telle pensée rode dans la conscience collective, le nihilisme chuchote dans les oreilles des plus puissants et la maladie de la vie se répand. Il y a une perte des valeurs quand le sol semble se dérober sous nos pas et que le nihilisme vient miner de l’intérieur le rapport que l’homme entretient avec la vie. Le nihilisme est le sous-produit d’une pensée malade qui se pose à tout moment la question « à quoi bon ? », et « jusqu’à quand ?». Le nihilisme est présent lorsque la tentation du rien hante l’esprit, que la spontanéité créatrice fait défaut et que tout semble conspirer dans un inéluctable mouvement vers le néant.

    a) Le nihilisme a incontestablement une signification historique. Il a partie liée avec le processus de développement même de la Modernité dans la civilisation occidentale. Alors que les modernes annonçaient pour l’humanité à venir une perspective heureuse de bonheur, de paix, de libération de l’effort, par le progrès indéfini de la moralité et de la culture, alors que la société industrielle prenait un essor prodigieux, Nietzsche lançait un cri d’alarme : « ce que je raconte, c’est l’histoire des deux prochains siècles. Je décris ce qui viendra, ce qui ne peut manquer de venir : l’avènement du nihilisme ». Le nihilisme accompagnait de façon souterraine le mouvement de l’Histoire et se traduisait par des formes de négations de plus en plus radicales. On peut parler de nihilisme actif, pour désigner les tendances qui prennent fait et cause pour le néant et en revendiquent la nécessité. On peut repérer la trace du nihilisme dans le cours du XXième siècle dans les idéologies les plus morbides que l’occident a pu produire. L’ombre portée du nazisme et de sa solution finale dans les camps d’extermination, les persécutions, la répression, des régimes totalitaires, la menace constante du terrorisme mondial, le recours délibéré à la guerre pour résoudre les problèmes, l’obligation imposée à des millions d’être humains de vivre dans la peur, dans un monde resserré à l’extrême, sans espoir d’une aube nouvelle, en sont des manifestations. Le nihilisme actif a été identifié dans les sciences par Husserl dans la Krisis, la Crise de la Conscience européenne sous la forme d’une crise des fondements du savoir. Il a été identifié dans les tendances de la conscience collective par Freud dans Malaise dans la Civilisation. L’audience phénoménale que reçoit à l’après-guerre la littérature de l’absurde avec ses thèmes de l’angoisse, de la nausée, de la contingence en est encore la confirmation dans la philosophie. C’est dans ce milieu que Sartre écrit L’Être et le néant. Il y a un fil conducteur évident entre La Nausée de Sartre, Voyage au bout de la nuit de Céline, En attendant Godot de Beckett et le théâtre Ionesco, la destruction comme idéal de l’art et de l’art comme idéal dans le mouvement Dada etc. La liste serait trop longue, mais les symptômes sont clairs. Nietzsche a voulu lui-même, en « philosophant à coups de marteau », être un champion du nihilisme actif. Il l’a été en proclamant « la mort de Dieu », en faisant le procès de la décadence de son siècle et en prenant violemment à parti le christianisme comme responsable de ce déclin.

    b) On peut parler de nihilisme passif, pour désigner le phénomène collectif de dépréciation dans l’inertie des valeurs supérieures. (texte) Ainsi les journalistes titre devant des faits d’actualité en parlant de "crise du sens », de « perte des repères », et un sociologue a même désigner l’ère postmoderne comme L’Ere du vide. Le nihilisme passif n’est pas spectaculaire. Il est insidieux. Il n’est pas l’apocalypse de la destruction du monde dont parle la religion, il n’exclut pas l’aisance matérielle, il n’exclut pas le la frénésie de l’action, ni la fuite éperdue et brillante dans le divertissement. Il est parfaitement compatible avec la société de consommation. Il ne fait qu’orienter toutes ses activités vers le rien. Le nihilisme passif c’est l’empire grandissant de l’inertie et de la négativité, et son glissement sur la pente de la mort, dans une transformation qui n’a d’autre finalité qu’un retour à l’état inerte. Il est là quand tout se consomme avant même d’avoir été utile, quand le mode d’action consommer-jeter devient omniprésent. Quand l’indifférence aux conséquences nocives de l’action est telle que toute le monde s’en fiche et que le laisser-aller et le laisser-faire est devenue une règle. Ou plutôt quand il n’y a plus de règles. Quand l’indifférence est partout. Quand on consomme l’amour, pour le jeter aussitôt, comme on mange des frittes en jetant le papier sur la pelouse. Quand on consomme des savoirs en classe, sans jamais s’y intéresser


et que le professeur est devenu une sorte de distributeur automatique. Quand la littérature ne fait que servir des lieux communs, ce qui se dit et se fait, dans une totale complaisance, en jouant seulement sur l’effet. Quand l’art ne produit plus aucune nourriture pour la sensibilité, mais ne fait plus que jouer dans la surenchère de la provoc’. Quand le savoir ne nourrit plus l’esprit, mais remplit la mémoire et ne produit plus que l’ennui. Quand le climat intellectuel est morose et le reste. Comme le dit Jean Daniel : « quand on est sûr que demain sera pire qu’aujourd’hui. Et que l’on ne peut se raccrocher à l’espoir, ici et maintenant, demain et ailleurs, d’une société non pas idéale, non pas heureuse, mais simplement meilleure ». En bref, selon les paroles de Nietzsche, quand le dernier homme est parmi nous et qu’il est devenu l’un d’entre nous et nous tous !

    Que reste-t-il au dernier homme comme dernier souci ? Le souci de profiter. De profiter pendant qu’il en est encore temps. Francis Fukuyama, dans La Fin de l’Histoire et le dernier homme dit ceci : « Un chien est heureux de dormir au soleil toute la journée, pourvu qu’il soit nourri, parce qu’il n’est pas insatisfait de ce qu’il est. Il ne se soucie pas de ce que d’autres chiens fassent mieux que lui, ou que sa carrière de chien soit restée stagnante ». Il ne fait que commenter Nietzsche et le rapprocher de Tocqueville. Il veut dire que l’achèvement universel de la démocratie revient à réhabiliter le retour à l’animalité. La vie démocratique sera achevée quand l’existence de l’homme quand « sa vie finira par ressembler à celle du chien ».

    Nous entendons parler tous les jours dans les média des « valeurs démocratiques ». Nos politiques se font fort de donner des leçons de morale et d’insister sur leur attachement aux « valeurs démocratiques ». Mais les esprits les plus perspicaces savent entendre à quel point ce discours est vide. Alan Bloom, l’auteur de L’âme désarmée, remarquait il y a peu, à quel point cette incantation était creuse. C’est un discours de la langue de bois. C’est un discours somnifère pour les masses. Dès que l’on parle réellement de valeur, on sous entend un système de valeurs, au sens fort, une morale, une idéologie ou même une religion. La démocratie n’est rien de toute cela. C’est un régime politique qui a une spécificité : le foisonnement et la relativisation de toutes les valeurs. La démocratie rend possible le foisonnement, elle rend possible le creuset dans lequel on peut fonder un nouveau modèle de valeurs. Elle n’est pas un modèle de valeurs. La démocratie, contrairement à l’aristocratie, aux régimes autocratiques, est l’absence de valeurs instituées. Elle n’est ce qu’elle est que parce qu’elle nie tout autre loi que celle de la volonté générale. Par conséquent, se servir d’une formule du genre «les valeurs démocratiques », c’est oublier ce que signifie justement la démocratie. Le pouvoir donné au peuple. C’est seulement en démocratie qu’il n’y a plus de valeur en dehors de celles que choisissent librement les individus. C’est seulement dans le cadre général de la démocratie que toutes les valeurs se relativisent et deviennent respectables. Mais comme l’inertie même y prévaut, il faut bien s’attendre à ce que la valeur la plus communément partagée, parce qu’elle est justement lesté du « commun », soit celle du consensus et du dernier homme. La vie de chien gras, somnolent et repu. La démocratie devait accoucher de la postmodernité. Comme elle peut aussi accoucher de la cosmodernité, si elle ne vire pas à la dictature larvée ou au totalitarisme nationaliste et intégriste. C’est un choix.


    3) C’est un choix qui est en relation intime avec la vie, avec ce que nous choisissons d’être en montrant par là qui nous sommes et ce que nous sommes capable de créer. Ce qui nous ramène invariablement à Nietzsche. Si Nietzsche est un auteur tortueux et complexe, c’est qu’il ne se contente pas d’effectuer, en psychologue, un diagnostic sur son époque et sur les temps à venir. Cette position imposerait une neutralité, la lucidité, sans le cynisme. Il entend apporter une contribution majeure au "renversement des valeurs ", Umwertung aller Werte, qui doit permettre, dans son langage, l’avènement du « Surhomme » qui viendra après le dernier homme. Dans Ainsi parlait Zarathoustra, il y a un passage célèbre où la métamorphose de l’itinéraire vers l’Homme le plus élevé est résumée dans le passage du chameau, au lion, puis du lion à l’enfant. Le chameau est la figure de l’homme qui porte le devoir comme une lourde charge, dont la rectitude est un


fardeau où il trouve sa joie dans l’humiliation. C’est la « tartuferie morale du vieux Kant ». Mais l’esprit doit se hâter vers son désert et se transformer en lion. Le lion refuse le « tu dois !» et affirme le « je veux !». Il doit affronter le grand dragon sur le dos duquel brilles les écailles les valeurs. Les valeurs sont millénaires. Le dragon dit qu’il n’y a pas de «je veux !», mais seulement un « tu dois !». Le lion doit accomplir la terrible tâche de trouver arbitraire et non-sens jusque dans les valeurs. Il doit les renverser. Cependant, le conte ne s’arrête pas là. En fait, dans la personne de Nietzsche il s’arrête bien là, puisque Nietzsche a dit clairement qu’il aurait voulu être le plus grand des affirmateurs, mais qu’il n’a pu aller jusque là, et est resté le plus grand des négateurs. Le lion doit se transformer en enfant.

    Seul l’enfant affirme, crée, seul la spontanéité de l’enfant peut créer des valeurs sans les subir comme le chameau. L’enfant dit Oui à la Vie telle qu’elle est, l’enfant dit Oui à la puissance magistrale du Devenir. L’enfant est recommencement perpétuel et l’oubli, l’enfant est le Jeu éternel de la création. Seul l’enfant peut faire advenir une aube nouvelle. L’enfant peut être le créateur d’une vie nouvelle dont les valeurs ne seront pas séparées de la vie, mais au service de la Vie.

    C’est à partir de cette grille d’interprétation que Nietzsche lit toute l’histoire de la philosophie. C’est ce qui explique les condamnations sommaires qu’il effectue. Il s’en prend à Platon, parce qu’il y voit une division entre la vie réelle et un arrière-monde, le monde intelligible. Il qualifie le christianisme de « platonisme pour le peuple » pour la même raison, parce que le christianisme prône une fuite dans un arrière-monde et dénie la valeur de la Terre. Nietzsche ne manque pas de jugements à l’emporte-pièce pour expédier toute la métaphysique occidentale, rejetée pour la division qu’elle aurait effectuée entre la vie et la représentation. Son but est de montrer que l’individu doit s’accomplir ici bas, en restant « fidèle à la Terre », sans projection idéaliste dans un arrière-monde.

    Nietzsche définit l'idéologie comme un ensemble de jugements de valeur Wertschätzungen. Il appelle morale toute système de jugements de valeurs en relation avec les conditions d’existence d’un être. Qu’est-ce qui fonde réellement la valeur ? Qu’est-ce qui enracine la valeur dans la Vie ? Pour le comprendre, il est indispensable d’appréhender la Vie, non pas à partir de la biologie, mais essentiellement dans une phénoménologie de la Vie. La Vie est un Soi qui cohère avec soi et s’éprouve dans les modalité affective de son expérience, de la souffrance à l’extase, de la joie à la tristesse, de la peur à l’envie, de la force à la faiblesse. Cette puissance qui est source de toute affirmation de la vie par elle-même, Nietzsche la nomme Volonté de puissance. Comme l’explique Michel Henry dans La Généalogie de la psychanalyse, il y a chez Nietzsche trois sens de la valeur :

    1- En premier lieu la volonté de puissance est valeur en tant que l’originel accroissement de soi  en lequel l’être s’édifie intérieurement et se produit.

    2 -Valeur en second lieu sont les titres sous lesquels cette œuvre intérieure de l’être est exposée : force (en tant qu’hyperpuissance), débordement, surabondance, noblesse, égoïsme, oubli, beauté, bonté, vérité, tout ce qui est positif (avec comme corrélat l’horreur du négatif), soit les déterminations ontologiques de la vie, tout ce qu’elle trouve en soi, et pour autant que cet acte de trouver est l’ivresse, ne peut s’empêcher de changer et de louer la célébration de soi (nous les nobles, les bons, les beaux, les heureux).

    3- Valeur s’entend enfin en un troisième sens, désignant alors tout ce qui dans le monde de la représentation est représenté par la vie comme susceptible de favoriser et d’accroître son essence, à savoir l’accroissement de soi ».

    Toute la question du renversement des valeurs tient donc à la relation entre la Vie et la représentation. La primauté absolue et la prééminence fondamentale réside dans la Vie elle-même. Il n’y a de valeur que dans la vie, par la vie et que pour elle, pour autant qu’elle se donne à elle-même, qu’elle s’éprouve elle-même, qu’elle se connaît et crée les conditions de son accès à une conscience plus élevée d’elle-même. « Les valeurs en tant que représentation des conditions de l’accroissement de soi… ne signifient nulle part le primat… de la représentation … bien au contraire réaffirment-elles partout sa dépendance à l’égard de la vie ». Quand la valeur devient un idéal coupé de la vie, détaché de son pouvoir le plus intime, elle engendre l’asservissement. Quand le système des valeurs humilie le Soi, sans jamais l’honorer, il devient morbide. Quand il tue la grandeur, quand il se complaît dans la médiocrité, la trivialité, la bassesse, il n’honore pas le Soi, il l’aliène. Il choisit en définitive le néant contre l’être.

C. La vie, les valeurs et le sens de l’éducation
    Il est vrai que la vie n’a pas de « sens », parce que le sens posé dans la représentation est seulement représentation de la Vie. Le but de la Vie est précisément de vivre. La Vie s’accomplit dans sa propre expansion et sa propre jouissance de soi. Mais cela ne signifie pas, bien au contraire, que toute valeur donnant un sens à la vie soit arbitraire. Le service de la Vie est la tâche la plus haute et la plus noble et un système de valeurs doit savoir l’incarner. Il ne doit pas devenir un carcans, un dépotoir de préjugés, une promesse pour un ailleurs, cautionné par on ne sait quelle malédiction. Ce dont la religion la trop souvent montré l’image, elle qui n’a su que faire un Dieu à l’image de l’homme ou pour le dernier homme. Comme si l’unique fonction d’un système de valeur n’était que de tenir le chien en laisse. Ce qui justifie les critiques de Nietzsche.


    1) Un système de valeur est l’expression de ce que nous sommes et de notre rapport intime avec la Vie. Ainsi, pour Michel Henry, le vrai nom de la crise des valeurs qui traverse notre civilisation s’appelle la maladie de la vie. Et quand la maladie de la vie attaque une civilisation, celle-ci s’oriente vers La Barbarie. Titre d’un texte phare de Michel Henry. La maladie de la vie qui consume notre époque se développe dans des pratiques, toutes marquées par la projection dans l’évasion. « La fuite de soi est le titre sous lequel on peut ranger presque tout ce qui se passe sous nos yeux ».L’hyperactivité ne concerne que le système social et sa frénésie habituelle, il a cessé decoïncider avec le don de soi d’un investissement pathétique. Nous voyons autour de nous dans quel état désemparé se trouve notre jeunesse. Quand l’actuel impose son diktat et qu’il n’est plus compris à la lumière des valeurs spirituelle, l’imagination et l’intelligence ne sont plus développées que dans le sens de l’utilité pratique ou de la projection dans l’imaginaire. L’enfant n’a d’autre issue devant lui que de grandir dans un monde artificiel, qui fait tout pour le dispenser d’une interrogation vivante sur le sens des événements et le sens des choses. L’étude se borne au choix d’une carrière et encore, ce n’est pas un choix, car en fait, on ne fait que suivre le marché du travail. La connaissance n’est plus développée pour elle-même, en direction de l’enrichissement de soi. La création artistique n’est pas perçue comme une expression magnifiée de soi, mais n’est plus qu’un divertissement. Le travail a perdu toute attache dans la réalisation de soi. Le travail devient technique et dépersonnalisé. Ce qui dès lors commande la finalité des entreprises, ce n’est plus que la production de masse. Partout se répand une unique orientation dans le sens de l’efficacité et de l’habileté purement technique. Le concept de « performance » devient une valeur et on prétend dispenser des cours pour former la « personnalité », alors qu’il ne s’agit à tout prendre que d’inculquer le sens des affaires. Les relations sociales sont ramenées à des relations de droits ou à des relations fondées sur l’intérêt purement matériel. Ce qui relie n’est plus la relation de soi à soi de la complétude qui donne et se donne, mais l’échange marchand, sa comptabilité, ses investissements, ses calculs, ses fourberies, son hypocrisie, ses secrets et ses mensonges. Plus personne ne sait ce que signifie une relation humaine authentique, honnête et juste, une relation ouverte à autrui et dans laquelle on donne de soi. Tout le temps que nous passons avec les autres est d’abord compté et escompté dans le temps psychologique. Exit la dimension existentielle de l’instant. Le temps, c’est un décompte de périodes, avec des obligations et des échéances. La valeur des objets c'est leur valeur marchande. Que dire des personnes, puisqu’elles sont dans ce contexte ramenées à leur fonction, et leur pouvoir mesuré à la solvabilité de leur compte en banque !

    Toutes les valeurs postmodernes s’organisent autour d’une valeur matrice, celle de la consommation. Un médecin qui sert le bien-être des hommes, est de ce fait moins « honoré », ce qui veut dire « rémunéré », qu’une vedette de sport ou du show business. L’art, dans ce qu’il a de plus élevé, dans son aptitude à toucher la sensibilité, jeter une lumière sur l’existence humaine, appartient à un monde à part, un monde autre que celui de la vie, un monde de spectacle. La philosophie est communément perçue comme une entreprise vaine et inutile. Celui de se poser des questions là même où communément plus personne n’en pose. Comme si était implicitement admis un contrat tacite selon lequel il est inutile de penser, inutile de s’interroger. Du moment que les rayons du supermarché sont pleins, et que les programmes télé sont attrayants, on est forcément dans le meilleur des mondes possibles. On peut donc dormir sur ses deux oreilles et se dispenser de toute réflexion. La grande majorité des adultes dans notre société n’ont pas lu un bon livre depuis des années, mais par contre, ils peuvent vous réciter par cœur le programme télé pour toute la semaine. Ce qui est très caractéristique de notre époque, « faisant d’elle une barbarie d’un type encore inconnu, c’est précisément d’être une société privée de toute culture et subsistant indépendamment de celle-ci ».

    Que dire, dans pareil contexte, de valeurs telles celle de la famille ? Elle est très souvent perçue dans ses aspects négatifs : son rapport de dépendance, la restriction de la liberté qu’elle impose, les intérêts divergents qui s’y affrontent. La donation joyeuse de la richesse affective est perdue de vue. De même, on ne cautionne la relation de couple, que sous la condition d’une garantie de sécurité, d’investissement sexuel et financier. Cela s’appelle le mariage. Ce que l’on appelle « amour », dans les chansons que l’on entend au supermarché, est en fait un attachement égocentrique qui tue l’épanouissement de soi et interdit la générosité.

    Bref, quand elle a perdu toute dimension spirituelle quand la vie humaine n’a plus d’autre valeur que matérielle, toute évaluation passe par des considérations économiques. Le bonheur devient une valeur économique qui se consomme comme le reste et se mesure à ce que l’on est à même de posséder, d’exhiber, il se résume à la sécurité économique, le confort et la jouissance matérielle. Le chien est heureux quand sa niche est confortable et que sa gamelle est remplie tous les jours. Il se tient tranquille. S’il se révoltait, il sentirait la laisse qu’il a acceptée avec le collier : la réprobation diffuse du qu’en dira-t-on, le diktat de l’opinion, la pression de l’économie, les imprécations de la religion, la sévérité de la loi, la force de la police, etc. Autant rester tranquille. Pour tous les paumés du système, pour ceux qui ne peuvent pas accéder à la jouissance matérielle, que reste-t-il ? Y a-t-il une autre issue que la marginalité ? L’évasion nihiliste dans la contre-culture ? La dérision systématique ? Le sabotage et la casse ? La toxicomanie et la délinquance ? Que faut-il faire quand la vie n’a plus de sens que celle d’une survie sans espoir et sans lendemain ? Se laisser gagner par la nausée et entraîner quelqu’un d’autre dans sa chute ? Décrocher le fusil du râtelier et tirer au hasard dans la rue? Le vide spirituel ambiant est aspirant, comme la déglutition du lavabo dont parle Sartre pour désigner l’intimité. Aspirant, déprimant et désespérant. D’autant plus qu’économiquement, il est dans l’intérêt des multinationales qu’il perdure, car il rapporte. Quand on est déboussolé, on consomme n’importe quoi. Pour compenser. On est prêt à trouver une valeur absolue à n’importe quel gadget, n’importe quel leurre bombardé dans une campagne de publicité. Moins la vie a de sens, plus on consomme. On ne sait plus quoi ni pourquoi, mais la pulsion de toute manière est réactivée par le milieu en permanence et il n’est pas possible d’y échapper. 

2) Il n’y a pas à s’étonner en conséquence de la résurgence permanente de la violence dans un monde où les valeurs spirituelles ont été perdues, car elle ne fait que manifester la frustration dans laquelle la vie se trouve maintenue. Nous sommes dans un monde où la colère et la rage contenue n’attendqu’une délivrance. Ce n’est pas une violence idéologique ou guerrière mais une clameur de souffrance et d’impuissance. Ce que, dans son for intérieur, la vie cherche, c’est d’être pleinement vécue dans ses multiples potentialités phénoménologiques. Ce que la vie veut se donner, c’est l’épanouissement entier de son propre pouvoir ; ce vers quoi elle tend, c’est toujours une création consciente d’elle-même. C’est précisément le rôle des valeurs spirituelles que de libérer la création de soi par soi. C’est seulement dans les valeurs spirituelles que la relation consciente s’établit entre le soi et la vie.

Il appartient à l’éducation de prendre en charge la compréhension des valeurs spirituelles, en permettant à chacun de les redécouvrir par lui-même. C’est à l’éducation de rendre possible la création très tôt d’un système de valeurs chez l’enfant. L’enfant doit pouvoir explorer les valeurs, les comprendre, les rendre fonctionnelles dans sa propre vie et il doit aussi pouvoir les remettre en question. Malheureusement, notre éducation actuelle reste factuelle. Elle se borne à l’instruction. Elle ne prend pratiquement pas en compte les valeurs. Elle inculque un savoir. Elle ne revient pas sur les décisions fondamentales qui sont à l’oeuvre dans une société. Elle dit très peu de choses sur le système des valeurs de la société, alors même que celui-ci ne doit jamais être accepté comme fait, puisqu’il relève de choix résultant de jugements moraux. L’enfant devrait pouvoir se poser des questions sur les choix que les hommes ont effectués dans le passé, et exprimer son accord ou son désaccord. Il est extrêmement important qu’il reçoive le choix pour lui-même, qu’il comprenne qu’il est possible de faire des choix différents et que les hommes du passé ont pu commettre des erreurs. Fallait-il lâcher une bombe sur Hiroshima et Nagasaki ? C’était une décision avant d’être un fait, une décision motivée par un système de valeurs. Une éducation intelligente est fondée sur les valeurs et pas seulement sur les faits. Elle prend soin d’attirer très tôt l’attention sur le système des valeurs. L’enseignement traditionnel le savait et c’est pourquoi on se servait admirablement des contes, des légendes, des histoires populaires. Cela permettait de mettre au jour le système des valeurs qui est en amont de toute décision en société. Nous avons sous-estimé l’importance de cette éducation. Nous voulions une éducation « scientifique », ce qui impliquait une éducation factuelle. Nous avons condamné des générations au faitalisme, et au refus de considérer les choix en valeur. Nous avons rejeté les traditions spirituelles en prétextant qu’elle contenait trop de moralisme. Deux erreurs : L’éducation n’est pas seulement factuelle et le moralisme n’est pas le sens vrai d’un enseignement spirituel. Il ne s’agit pas dans l’éducation au valeurs de « faire la morale » à la jeunesse, mais de lui permettre de comprendre comment fonctionne le système de valeurs dans lequel la société est fondée. Il ne s’agit pas de justifier ou de condamner par avance, mais de donner tous les éléments de compréhension nécessaire pour que chacun puisse par lui-même recréer le sens des valeurs, au lieu de seulement de s’y conformer ou de les rejeter en bloc. Le système de valeurs d’une société est avant tout un choix de société. Il est par essence changeant et relatif et nous en sommes tous les cocréateurs. Nous pouvons très bien choisir un avenir différent en prenant appui sur des valeurs différentes de celles qui ont eu cours dans le passé.

Allons plus loin. Si nous voulons pour le futur un monde différent, si nous voulons un monde plus libre, plus heureux, plus respectueux de la vie, un monde dans lequel la vie se sente en quelque sorte davantage chez elle, parce que chez Soi, il nous faudra promouvoir d’autres valeurs que celles qui ont eu cours jusqu’à présent. S’il doit y avoir un dépassement de la postmodernité, dans la cosmodernité, il faut au minimum donner dans l’éducation une importance fondamentale à trois valeurs essentielles :

a) La conscience. Une société éclairée est faite d’individus conscients. Elle n’est pas un troupeau somnolent gouverné par quelques uns, prenant toutes les décisions à sa place. Tout ce qui peut être fait dans le sens du développement de la conscience est utile. Un être humain devrait grandir dans la conscience, car c’est précisément l’expansion de conscience qui le fait grandir. Tout ce qui est favorable à l’éveil et à la lucidité permet l’accès  une vie plus grande et plus libre, mérited’être encouragé. Toute ce qui contribue à l’enténèbrement de l’esprit, à l’abrutissement collectif, à la crétinisation des masses devrait être évité. C’est déjà une bonne mesure de nos décisions que de se demander si elles vont dans la direction d’une conscience plus élevée, ou d’une conscience moindre. Ajuster nos décisions sur la valeur de la conscience aurait une incidence extraordinaire sur la portée de nos actes.

b) L’honnêteté. Une société éclairée est faites d’individus ayant un sens élevé de l’intégrité et pour qui l’honnêteté est une valeur fondamentale. L’honnêteté est cohérence avec soi. Nous ne pouvons être honnête envers autrui qu’en étant  honnête envers nous-même. L’honnêteté signifie que l’ext&eacu

Par Kerdraon - Publié dans : sophrorelax
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Vendredi 5 octobre 2007 5 05 /10 /Oct /2007 15:16
   Compte rendu de la conférence proposée par le Docteur Michel Hanus, psychiatre*
J. Kerdraon
 
 
Chose importante, l’enfant ne pense pas comme nous, adultes. Il est, en temps que centre du monde, responsable de ce qui l’entoure, d’où son sentiment de culpabilité quand arrivent des problèmes ou des drames dans la famille.
Il est aussi ambivalent, c’est à dire que dans ses pensée, la réalité cotoie sans peine l’irréalisme. « Papa est mort, on ne revient pas quand on est mort… (plus tard)…papa revient la semaine prochaine ! ».
 De même, sa pensée peut être magique, ce qu’il pense va arriver…
Quant à l’école, on ne parle guère plus de la mort qu’en termes de biologie, le contenu émotionnel et culturel de la mort s’est évaporé…L’éducation civique l’aborde peu.
 
Les conceptions de la mort pour un enfant :
On ne meurt pas naturellement, il y a donc forcément un responsable.
Un mort va revenir, on attend son retour.
La mort est contagieuse.
 
A deux ans, la mort est une séparation, une séparation corporelle traduit par un manque de contact.
Vers 3 ans, la mort c’est l’immobilité : « Quand on est mort on ne peut plus bouger, ni manger, on ne respire plus… »
Vers 4 ans, l’enfant comprend que la mort est irréversible, mais il ne l’accepte pas…
«  papa ne reviendra plus…. (Quelques instants plus tard)… Papa revient quand ? c’est long ! »
Vers 6 ans , il comprend que la mort est universelle, tout le monde meurt…
Vers 8 et 9 ans la mort fait partie de la vie…
Dans tous les cas de croyance, son attitude face au drame va se calquer sur l’attitude des proches et de la famille. Son entourage est donc très important.
 
Le choc du deuil, va chez cet enfant perturber son corps, car celui-ci fait son deuil beaucoup plus par le corps que l’adulte. Il pourra avoir des sentiments de révolte, d’ injustice, qui le mettront en grande colère.
 Va-t-il l’exprimer ? C’est là que va se construire l’écoute .
Les enfants en deuil ont tendance à vouloir veiller sur le parent restant. ( car la mort est contagieuse !) Il voudra dormir près de lui. Il est bon de lui expliquer qu’un jour il retournera dans son lit. Chacun voit la durée en fonction de ses motivations, il faut en discuter avec l’enfant… c’est le cœur qui parle.
 
Après le choc de deuil, vient une période centrale qu’on peut qualifier de dépressive. Mais l’enfant, contrairement à l’adulte n’a pas la capacité de garder sa douleur constemment. Cette période est souvent celle de plus de prises de risque ( plus de plaies et de bosses !)
Il peut tomber malade. Ses capacités immunitaires diminuent à cause du stress de cette période dépressive.
Il faut savoir que sa subjectivité fait qu’il garde son parent dans l’imaginaire. Les enfants se construisent un adulte, un frère ou une sœur en imagination qui va veiller et communiquer avec eux.
Quant aux objets du disparu, il est bon que l ‘enfant, s’il y tient, ait un ou plusieurs objets à lui, qui symbolisent, la parenté, la succession, l’héritage du disparu. C’est un leg affectif important qui s’ajoute au leg culturel et génétique.
 
Vient ensuite le rétablissement. Même s’il est bien accompagné, l’enfant va garder de toute façon une partie de son chagrin. Ce chagrin récurrent pourra ressortir lors d’un futur deuil même quand il sera adulte .
 
A l’intérieur, la douleur :
Il existe, lors du deuil, une régression chez l’enfant. Quand la mort surprend, il peut s’identifier au disparu. (C’est aussi un moyen de transmission des caractéristiques familiales).
 Le principe de la mort est inacceptable. L’enfant se pose la question : pourquoi nous ? Le mot même de « mort » est inaudible. Parler du défunt, c’est parler avec les vrais mots. L’enfant prend les mots pour argent comptant. Alors attention aux détours !!! (ton père est dans le ciel !)
C’est pourquoi tout l’accompagnement de son deuil par les mots, le dire, est important. Un temps de parole dans un groupe d’aide va le soutenir dans sa peine. De même que des moments d’écoute individuelle permettent de dire ce qu’on ne peut dire en groupe.
Le silence le fait souffrir, il lui faut des explications, sa participation au deuil est essentielle pour son avenir. Mais il ne s’agit pas de l’obliger par exemple de venir au cimetière, mais il est bon de lui proposer. A lui de décider.
Comme il éprouve souvent Un sentiment de culpabilité ( l’enfant se pense au centre du monde), c’est plus de souffrance, il faut penser à le déculpabiliser.
Parfois le deuil se complique, surtout si la relation avec le défunt était conflictuelle. Cela arrive parfois à l’adolescence d’autant plus que l’adolescent est pudique et ne veut pas causer plus de chagrin au parent restant.
Mais s’il refuse l’aide assez souvent moins les filles!  , il faut l’encourager à en parler avec ses copains et quand il le voudra, il pourra trouver réconfort vers un groupe de soutien. Il est bon de lui rappeler, de lui dire qu’ il est libre mais que la porte du groupe de soutien est ouverte pour lui. Qu’il sache que le contact est gardé avec ce groupe par le parent vivant, cela lui apporte une sécurité, « on parle de lui, on parle de sa souffrance, il sait qu’il n’est pas seul ».
 Parlez du défunt, à l’occasion pour que l’enfant mette une individualité sur son parent disparu.
 
Enfin, la souffrance est une question de temps, quand l’être cher vient se loger dans notre cœur, la douleur se dissipe. L’autre existe de nouveau ! On ne l’oublie pas, on ne le remplace pas, puisque sa présence grandit en nous !
 
*MIchel Hanus accompagne l’association Elizabeth Kübler-Ross, qui a objectif d’aider, de former et d’informer toute personne concernée par des situations de rupture, de deuil ou de mort
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